« Je ne conçois pas de mode sans broderie, ni de broderie sans Lesage. »
Karl Lagerfeld
F r a n ç o i s L e s a g e
(1929 – 2011)

F comme fil. L comme luxe. F L comme François Lesage né avec une paire de mirettes bleues sur un tas de paillettes, d’écheveaux, de perles destinés entre autres aux couturières Elsa Schiaparelli et Madeleine Vionnet. Dans les murs de l’atelier familial du 13 de la rue de la Grange-Batelière, ce « chef brodeuse » tel qu’il aimait à se définir, confiait : « Je ne me suis jamais posé la question de faire autre chose. La preuve, je couche encore dans la chambre où je suis né ! ».
À dix-neuf ans, l’ado aventureux franchit la zone libre et file à Hollywood où il a pignon sur… Sunset Boulevard ! Les vedettes des studios de la Columbia craquent. Lana Turner, Ava Gardner arborent ses parures. La réussite du « French needle’s prince » est instantanée. « J’étais mignon, un peu zazou. Je dessinais bien. Je savais exactement placer, là où il faut, la broderie sur Marlene Dietrich ! ».
Marlene pas sage en Lesage
François a vingt printemps lorsque son père meurt. Il retourne à Paname et saisit avec talent les rênes de l’entreprise. Ses collections d’échantillons bluffent Jacques Fath, Pierre Balmain, Cristobâl Balenciaga… Au fil des décennies et des griffes Haute couture, l’empreinte de Lesage s’impose avec audace, excellence, liberté artistique. La maîtrise de son savoir-faire gomme le fournisseur de broderies au profit d’un partenaire de recherche qui stupéfie Christian Dior, épate Yves Saint Laurent.
En parallèle, l’artisan épaule de jeunes stylistes, leur offre gratuitement ses créations. Le feu des défilés s’embrase tout particulièrement en 1982 quand François Lesage croise le chemin d’un certain Christian Lacroix, son filleul de mode aujourd’hui endeuillé : « Pour moi, il demeurera un parrain éternellement jeune et séducteur qui aura donné un autre éclat au monde. ».
De Van Gogh à Saint Laurent via Lesage
Vestes iris et tournesols
Collection Hommages (1981)
Le maître brodeur ouvre en 1992 une école où des élèves de toute la planète viennent s’initier et se perfectionner à l’art de l’aiguille. Dix ans plus tard, ses ateliers s’adossent à la maison Chanel et donnent vie aux désirs les plus fous de Karl Lagerfeld.
Lors de la remise de sa Légion d’honneur, François Lesage rendit hommage aux petites mains qui oeuvrent pendant des centaines d’heures et se piquent mille fois le doigt : « Cette petite tache de sang que je porterai à la boutonnière, c’est un peu la vôtre.«
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Bloody broderie
Cet obscur objet du désir de Luis Bunuel (1977)
Carole Bouquet & Fernando Rey |
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Les petites mains possèdent un truc pour effacer la tache de sang sur l’étoffe : quelques gouttes de leur salive. Mais l’eau salée des larmes qu’elles versent depuis la disparition de leur « chef brodeuse » est indélébile, et leurs pleurs forment une auréole aux points d’ombresur un voile noir. Au 13 de la rue Grange-Batelière, le malheur tient aussi à un fil.
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3 Ils ont dit
Mon chéri,
Comme toujours,ton texte sur Mr Lesage est beau et plein de tendresse…Merci d'avoir salué le départ de ce grand artiste.
Cher Benoit
vos articles sont tjs un vrai plaisir
Avec joie de vous lire
amitiés
MERCI BENOIT,
OUI UNE BIEN TRISTE NOUVELLE ,
UN MONSIEUR CE FRANCOIS LESAGE,
COMME IL EN EXISTE PLUS BEAUCOUP…
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