On a tous un film fétiche qui nous appartient, nous accompagne. Le mien, c’est Lola, le premier film de Jacques Demy que j’ai vu. Il m’a surpris et touché. La façon dont Demy jouait avec les comédiens et la bande-son, en n’hésitant pas à créer entre eux les décalages, quelle audace ! Christophe Honoré – L’Express (2011)

Lola vient à nous avec l’immortalité tranquille des chefs-d’oeuvre qui ne se connaissaient pas comme tels à leur naissance. Chris Marker, mail à Agnès Varda (26 juillet 2012, 3 jours avant sa mort)

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« Pleure qui peut, rit qui veut » : ce proverbe chinois ouvre Lola, le premier long-métrage de Jacques Demy tourné en 1960. Conçu comme une ronde où le passé, le présent et le futur ne cessent de flirter, le film est en toute logique dédié à Max Ophüls, et plus particulièrement à son Plaisir et à une autre Lola au patronyme ascendant : Montès. Il revendique aussi les influences de Robert Bresson et ses Dames du Bois de Boulogne, de Luchino Visconti et ses Nuits blanches.
Pour la musique de Lola, Jacques Demy rêve d’une partition écrite par Quincy Jones surnommé « Q », et qui se produit en France à l’orée des sixties. L’alliance n’aboutit pas. Le réalisateur se tourne in extremis vers un jeune compositeur fougueux nommé Michel Legrand. Leur collaboration durera 28 ans.

La facétie du hasard avec son va-et-vient de rencontres, les pompons des marins et le primesautier des filles dans une ville de port, l’acidulé du départ et l’aigre-douceur du retour, le couple mère-fille scellé dans l’absence de l’homme, le Demy monde tout entier se déploie, papillonne, tourbillonne, s’étourdit dans Lola. Boule à neige, oeuvre nucléaire, fausse comédie musicale, épure en noir et blanc d’un poète avant l’explosion de ses couleurs, aïeul homosensuel d’Almodovar, qui décode les signes de l’existence, traverse les apparences, livre en images l’essence de la vie : la légèreté d’une partie de « cache-cache/espace-temps » orchestrée par l’insondable mélancolie du destin.

Après un bide encensé par la critique lors de sa sortie en salle, Lola revient mastérisée, en grande pompe dans le noir et blanc à tomber de Raoul Coutard, plus fleur bleue, plus coeur d’artichaud que jamais. Lol Lola !

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Legrand Demy : Nous sommes frères jumeaux/Nés sous le signe des gémeaux

Les paroles de la mélodie Lola sont écrites par Agnès Varda. Christophe Honoré, dans son premier long-métrage 17 fois Cécile Cassard, fait reprendre par Romain Duris la chanson créée par Anouk Aimée.