La note de réalisation + le deuxième épisode
La caméra de ce court-métrage, d’une durée d’une quinzaine de minutes et tourné en super 16, fera avant tout la part belle aux acteurs. Elle sera attentive au langage de leurs corps, aux détails de leurs visages.
Elle effectuera une véritable chorégraphie – d’où un travail très précis de répétitions avec les comédiens comme au théâtre – qui soulignera les silences et les gestes qui trahissent la tristesse et le désarroi.
Peu de champs contre-champs, mais de longs plans séquences filmés à l’épaule contrediront par leur fluidité la brutalité du propos.
Leurs flottements incertains alimenteront l’étrangeté fantomatique que je souhaite apporter à ce projet car si ce film est un drame psychologique, sa forme s’apparente à l’univers fantastique.
1) Dans les rues pavées de l’ancienne ville qu’arpentera la jeune femme, je filmerai les fenêtres des maisons comme des yeux qui épient la protagoniste, traduisant ainsi sa légère paranoïa.
2) La jeune femme avancera dans des couloirs faiblement éclairés comme un labyrinthe où l’hostilité semblera nichée derrière chaque porte.
3) La salle de bains – lieu du climax – sera luxueuse mais froide, presque clinique. Et la scène d’amour prendra des allures de viol.
4) Dans la salle à manger, le jeu vidéo et ses sons électroniques qui isoleront la jeune femme – ignorante de cet univers – et deviendront franchement menaçants.
J’attacherai aussi la plus grande importance à la bande-son, à la clarté des murmures, aux brisures des voix lors des moments douloureux.
Pour mieux révéler la violence qui sourde, des nappes sonores alimenteront le film en souterrain : rires inaudibles dans les rues, sons électroniques brutaux dans la chambre de Marion et dans la salle à manger, froissements sourds lors des déambulations de la jeune femme dans les couloirs, goutte d’eau qui persiste comme une torture dans la salle de bains…
Toutes ces caractéristiques de réalisation traduiront sans jamais l’évoquer l’état dépressif de la jeune femme.
– Le chef opérateur Renato Berta
(César 1987 –
(César 1997 – On connaît la chanson d’Alain Resnais),
– La monteuse Monique Fardoulis
(Tous les films de Claude Chabrol depuis
– Le coiffeur et le maquilleur Jean-Charles Bachelier
(Prêt-à-porter de Robert Altmann, 8 femmes de François Ozon, Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet…).
– Le chanteur compositeur Bruno Maman.
Quant aux comédiens qui ont dit oui, les voilà en image :
Georges Corraface
le couple brun ou la passion consumée
Nejma
8. SALLE DE BAINS – INT. JOUR
Elle est jolie…
Qu’est-ce que tu vas faire ce week-end avec Marion ?…
… T’improviseras… Comme d’habitude…
Un silence épais s’installe.
L’HOMME
… Qu’est-ce que tu veux, là ?…
T’as besoin d’argent ?…
LA JEUNE FEMME
C’est pour Marion…
L’HOMME
Tu dis ça à chaque fois…
LA JEUNE FEMME
Je te le rendrai. Je te le promets…
L’HOMME
Je m’en fous que tu me le rendes…
… Ça se paye cher la liberté, pas vrai ?…
…J’ai envie de toi…
LA JEUNE FEMME
Je ne reviendrai pas…
L’homme la pénètre nerveusement, précipitamment.
… Je ne reviendrai pas. Je ne reviendrai pas. Je ne reviendrai pas…
Noir.
OFF, sons électroniques du jeu vidéo qui s’amplifient jusqu’à devenir assourdissants. Le personnage du jeu vidéo s’essouffle en faisant des petits bonds.
OFF, les sons électroniques sont couverts par les souffles de l’homme. La jeune femme ouvre les yeux. Marion a disparu. L’homme jouit avec douleur.
9. SALLE A MANGER – INT. JOUR
Tiens, c’est pour toi…
Merci… Dis à Marion que je l’attends dehors…
10. COUR INTERIEURE – EXT. JOUR
11. RUE – EXT. JOUR
Marion, attend-moi s’il te plaît…
L’enfant folâtre. Sautille. N’écoute pas sa mère.
AÏE !!!…
Marion se retourne. Voit sa mère tombée dans la rue. Vient vers elle.
… Je me suis tordue la cheville !…
Lève-toi, tout le monde nous regarde !…
MARION
MARION
… Ça va ?…
Marion demeure stoïque.
…Est-ce que ça va ?…
La jeune femme prend Marion dans ses bras.
…Fais-moi un gros câlin, chérie…
Marion demeure impassible.
…Marion… S’il te plaît, j’en ai besoin…
… C’est bien comme ça que tu la veux ta Game Boy, non ?…
Marion embrasse sa mère de toutes ses forces.
… Je te l’offre, mais on fait la paix… D’accord ?…
MARION
LA JEUNE FEMME
Si tu veux…
LA JEUNE FEMME
Attends-moi, Marion…
Marion court. Disparaît à l’angle de la rue.
Attends-moi…
De dos, la jeune femme avance seule avec difficulté dans la rue déserte.
12. GENERIQUE
Fond noir.
OFF, chanson générique.
Au pluriel
C’est singulier
L’effet qu’ça fait
Pour oublier
Le passé simple
À décliner
Sous tout’ ses formes
L’amour énorme
Qu’on s’donnait comme personne
Mais à présent
On se con-
Jugue à l’imparfait
Faute de temps
On joue aux cons
Inconditionnels
On était
Plus que parfaits
Quand on est plus rien
Au pluriel
C’est singulier
L’effet qu’ça fait
Pour oublier
Qu’on s’est défaits.

















5 Ils ont dit
Coucou Benoit,
Oui, j’ai lu « Plus rien au pluriel » et j’ai trouvé que c’était « beaucoup au singulier »…
Beaucoup de « non dit », de « malentendus », de fuites et beaucoup d’amour ou plutôt de demande d’amour…
Des êtres qui n’ont jamais été ensemble ou que par égo rapprochés… Beaucoup de gachi, de sabotage et d’immaturité sentimentale.
Plus qu’une famille qui s’écroule, ce sont des êtres en perditions, tournés vers le passé (c’était le bon temps…), en souffrance au présent (je t’aime, moi non plus) et incapable de futur ensemble… Ils ont perdus définitivement le « mode d’emploi »… Un échouage.
Aucun ne m’a été sympathique. Cela raisonne en moi comme de la colère. Oui, j’étais en colère quelque part…. Après l’ivresse des présents idéalisés, c’est un réveil difficile, une belle gueule de bois… Une prise de conscience de la fragilité des apparences et de la superficialité des relations passionnelles
sans profondeur, sans visions, sans futur. Quand je l’ai lu, j’ai imaginé la femme, j’ai vu Nathalie baye, que j’adore (mais en plus jeune). Leur malheur mondain ne me touche pas (plus rien) ou trop (beaucoup)…
Qu’ils souffrent encore et pour l’éternité !
Ok pour faire un film photographié, bien noir, bien dur…
Si ma vision d’attirance/répulsion tu la partages, alors… allons y 🙂
Si non, ben, on en reste là et on s’aime toujours 😉
a++
Marc
Un scénario en ligne
Benoît Gautier se qualifie d’auteur, scénariste, chroniqueur et metteur en scène. Il a le cinéma pour passion, ce qui ne l’empêche pas d’être un grand lecteur. Et bien sûr il blogue. Il vient ainsi de mettre en ligne, sous forme de feuilleton, « Plus rien au pluriel », un scénario dont il est l’auteur et dont voici le pitch « Une jeune femme fragilisée récupère sa fille pour le week-end chez son ex compagnon qui a la garde de l’enfant ». Tout cela est très tendance. L’homme qui a la garde de l’enfant, cela sonne moderne, presque trop quand on sait combien les juges hésitent encore à confier au père les enfants du divorce. Sans compter que dans cette histoire il n’y a pas de divorce, pas plus qu’il n’y a eu de mariage puisque l’auteur nous parle de « l’ex-compagnon ». Une histoire de notre temps, donc. Et dont l’auteur nous explique que le scénario « bouscule les conventions en évoquant un échec au sein d’une famille décalée ». Et c’est parti pour le générique: « Sur fond noir, les inscriptions apparaissent. En fond sonore, deux murmures » La voix off de l’homme « Marion, Marion, c’est l’heure, il faut se lever ». J’ignore absolument si ce scénario sera tourné un jour. En tous les cas, je le souhaite à son auteur. J’ignore également quelle sera l’audience de ce blog, ouvert voici un mois, et dans quelle mesure d’autres scénaristes, réputés ou non, viendront y poster leur contribution. On peut aussi se demander si des commentaires viendront influencer l’auteur, et partant, influencer le cours du scénario. N’empêche que si j’étais producteur de cinéma, je crois que j’irais régulièrement jeter un œil à ce blog.
Blog à part
Alexandre sauvageon – rédac chef du Nouvel Observateur
Franchement, Benoit, j’aime tout ce que tu m’envoies !
AB
Hàte de te retrouver le 5 , en attendant , crois bien que j’ai rendez-vous avec toi chez SCENARGOTIER . Mille bises , en te remerciant tout plein !
Agnès
Terrible et sans issue !!!
Aurélien Recoing eût été idéal ; franchement je le « voyais ».
Mais je ne vois pas de femme assez « fragile » (dans celles que tu envisageais) pour la fille !
Dommage d’avoir Firmine et de ne pas entendre sa voix !
C’est le premier scenario que je lis. C’est génial toutes les indications.