La note de réalisation + le deuxième épisode

Un film qui désire faire peur

La caméra de ce court-métrage, d’une durée d’une quinzaine de minutes et tourné en super 16, fera avant tout la part belle aux acteurs. Elle sera attentive au langage de leurs corps, aux détails de leurs visages.

Elle effectuera une véritable chorégraphie – d’où un travail très précis de répétitions avec les comédiens comme au théâtre – qui soulignera les silences et les gestes qui trahissent la tristesse et le désarroi.

Peu de champs contre-champs, mais de longs plans séquences filmés à l’épaule contrediront par leur fluidité la brutalité du propos.
Leurs flottements incertains alimenteront l’étrangeté fantomatique que je souhaite apporter à ce projet car si ce film est un drame psychologique, sa forme s’apparente à l’univers fantastique.

1) Dans les rues pavées de l’ancienne ville qu’arpentera la jeune femme, je filmerai les fenêtres des maisons comme des yeux qui épient la protagoniste, traduisant ainsi sa légère paranoïa.

2) La jeune femme avancera dans des couloirs faiblement éclairés comme un labyrinthe où l’hostilité semblera nichée derrière chaque porte.

3) La salle de bains – lieu du climax – sera luxueuse mais froide, presque clinique. Et la scène d’amour prendra des allures de viol.

4) Dans la salle à manger, le jeu vidéo et ses sons électroniques qui isoleront la jeune femme – ignorante de cet univers – et deviendront franchement menaçants.

J’attacherai aussi la plus grande importance à la bande-son, à la clarté des murmures, aux brisures des voix lors des moments douloureux.
Pour mieux révéler la violence qui sourde, des nappes sonores alimenteront le film en souterrain : rires inaudibles dans les rues, sons électroniques brutaux dans la chambre de Marion et dans la salle à manger, froissements sourds lors des déambulations de la jeune femme dans les couloirs, goutte d’eau qui persiste comme une torture dans la salle de bains…

Toutes ces caractéristiques de réalisation traduiront sans jamais l’évoquer l’état dépressif de la jeune femme.

Paris – sept. 2000

La parade des talents
Malheureusement, ce projet n’a pu voir le jour. Il a connu différentes productions et distributions au fil de ses années de préparation. Voici les artistes qui ont donné leur accord pour participer à cette aventure. Pensées et remerciements sincères à eux :

– Le chef opérateur Renato Berta
(César 1987 – Au revoir les enfants de Louis Malle),

L’ingénieur du son Richard Lenoir
(César 1997 –
On connaît la chanson d’Alain Resnais),

– La monteuse Monique Fardoulis
(Tous les films de Claude Chabrol depuis Marie-Chantal contre docteur Kah),

Le coiffeur et le maquilleur Jean-Charles Bachelier
(
Prêt-à-porter de Robert Altmann, 8 femmes de François Ozon, Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet…).

– Le chanteur compositeur Bruno Maman
.

Quant aux comédiens qui ont dit oui, les voilà en image :


Carole Laure
Georges Corraface
le couple brun ou la passion consumée




Sabine Haudepin

Aurélien Recoing

Mireille Perrier
les couples blonds ou la limpidité craquelée


Firmine Richard
Nejma


PLUS RIEN AU PLURIEL
(suite et fin)


8. SALLE DE BAINS – INT. JOUR

La jeune femme se tient contre le mur, près de la porte. L’homme s’essuie. Près de la jeune femme, un valet soutient une chemise blanche, un pantalon sombre, une ceinture et une cravate en soie. La jeune femme s’accroupit. Caresse du bout des doigts la cravate.
LA JEUNE FEMME
Elle est jolie…
L’homme saisit son pantalon sur le valet. L’enfile.
L’HOMME
Qu’est-ce que tu vas faire ce week-end avec Marion ?…
La jeune femme évite le regard de l’homme debout qui la considère. L’homme saisit sa chemise. L’enfile.
L’HOMME
… T’improviseras… Comme d’habitude…

Un silence épais s’installe.


L’HOMME

… Qu’est-ce que tu veux, là ?…
L’homme saisit la ceinture. La jeune femme regarde le sol. L’homme fait glisser la ceinture dans les passants de son pantalon.
L’HOMME
T’as besoin d’argent ?…

LA JEUNE FEMME
C’est pour Marion…

L’HOMME
Tu dis ça à chaque fois…

LA JEUNE FEMME
Je te le rendrai. Je te le promets…

L’HOMME
Je m’en fous que tu me le rendes…

L’homme s’accroupit. Il regarde avec détresse la jeune femme qui fixe le sol.
L’HOMME
… Ça se paye cher la liberté, pas vrai ?…

L’homme prend le menton de la jeune femme dans sa main. La force à le regarder. Ils se fixent. Dans un mouvement brusque, l’homme embrasse la jeune femme. Elle tente de se dégager. Il se couche sur elle. Remonte frénétiquement sa jupe.
L’HOMME
…J’ai envie de toi…

LA JEUNE FEMME
Je ne reviendrai pas…

L’homme la pénètre nerveusement, précipitamment.

LA JEUNE FEMME
… Je ne reviendrai pas. Je ne reviendrai pas. Je ne reviendrai pas…
L’homme plaque sa main sur la bouche de la jeune femme. La main de la jeune femme glisse sur le carrelage. Son regard fixe le plafond. File vers la porte où elle voit Marion qui observe ses parents. La jeune femme ferme les yeux.
Noir.

OFF, sons électroniques du jeu vidéo qui s’amplifient jusqu’à devenir assourdissants. Le personnage du jeu vidéo s’essouffle en faisant des petits bonds.
OFF, les sons électroniques sont couverts par les souffles de l’homme.
La jeune femme ouvre les yeux. Marion a disparu. L’homme jouit avec douleur.
CUT

9. SALLE A MANGER – INT. JOUR

La jeune femme avance lentement dans la pièce. L’homme cravaté, les yeux rougis d’avoir pleuré, regarde la ville par la fenêtre de la salle à manger. Pensif, il fume une cigarette. Il s’aperçoit de la présence de la jeune femme.
L’HOMME
Tiens, c’est pour toi…

Du regard, il montre une liasse de billets de 100 Euro posée sur la table. La jeune femme prend l’argent.
LA JEUNE FEMME
Merci… Dis à Marion que je l’attends dehors…
CUT

10. COUR INTERIEURE – EXT. JOUR

Marion déboule dans la cour. Elle est vêtue d’un blouson branché et porte sur ses épaules un sac à dos. Elle découvre sa mère qui fait lentement les cent pas. La jeune femme a l’air d’une somnambule.
CUT

11. RUE – EXT. JOUR

La jeune femme et Marion arpentent une artère étroite et pavée. La mère porte sur une épaule le sac à dos de sa fille et tient son cabas à la main. De rares passants les croisent. Marion court devant sa mère.
LA JEUNE FEMME
Marion, attend-moi s’il te plaît…

L’enfant folâtre. Sautille. N’écoute pas sa mère.

OFF LA JEUNE FEMME
AÏE !!!…

Marion se retourne. Voit sa mère tombée dans la rue. Vient vers elle.

LA JEUNE FEMME
… Je me suis tordue la cheville !…

La jeune femme masse le pied endolori. Un couple la dévisage en passant.
MARION
Lève-toi, tout le monde nous regarde !…

LA JEUNE FEMME

Mais, j’ai mal merde !… Et puis, arrête de me parler sur ce ton ! Qu’est-ce que je t’ai fait à la fin ?…

MARION

De toute façon dès que tu viens, ça fait toujours des histoires !…

LA JEUNE FEMME
Écoute-moi bien Marion, je suis peut-être pas la mère que tu voudrais. Je suis peut-être pas à la hauteur… Alors puisque c’est comme ça, tu retournes chez ton père et on n’en parle plus !…

MARION

Y a des fois, je te jure, je voudrais que tu sois muette comme Nejma !…

La jeune femme gifle sa fille à toute volée. Surprise, Marion demeure sans voix. La jeune femme éclate en sanglots. Son visage grimace. Elle cherche maladroitement dans son sac.
LA JEUNE FEMME
Je te demande pardon… Excuse-moi…

Elle saisit ses lunettes noires. Dissimule ses yeux.
LA JEUNE FEMME
… Ça va ?…

Marion demeure stoïque.

LA JEUNE FEMME
…Est-ce que ça va ?…

La jeune femme prend Marion dans ses bras.

LA JEUNE FEMME
…Fais-moi un gros câlin, chérie…

Marion demeure impassible.

LA JEUNE FEMME
…Marion… S’il te plaît, j’en ai besoin…
Marion entoure sans grand enthousiasme le cou de sa mère. La jeune femme lui chuchote quelques mots à l’oreille. Le visage de Marion s’illumine.
LA JEUNE FEMME
… C’est bien comme ça que tu la veux ta Game Boy, non ?…

Marion embrasse sa mère de toutes ses forces.

LA JEUNE FEMME
… Je te l’offre, mais on fait la paix… D’accord ?…

MARION

T’es trop géniale, je t’adore ! On va l’acheter tout de suite ?

LA JEUNE FEMME
Si tu veux…

La jeune femme se relève. Boite légèrement. Marion s’élance devant elle.


LA JEUNE FEMME

Attends-moi, Marion…

Marion court. Disparaît à l’angle de la rue.

LA JEUNE FEMME
Attends-moi…

De dos, la jeune femme avance seule avec difficulté dans la rue déserte.

FONDU AU NOIR


12. GENERIQUE

Fond noir.
OFF, chanson générique.

Plus rien au pluriel

Quand on est plus rien
Au pluriel
C’est singulier
L’effet qu’ça fait

Pour oublier
Le passé simple

À décliner

Sous tout’ ses formes

L’amour énorme
Qu’on s’donnait comme personne


Mais à présent

On se con-

Jugue à l’imparfait

Faute de temps
On joue aux cons

Inconditionnels

On était

Plus que parfaits


Quand on est plus rien

Au pluriel

C’est singulier

L’effet qu’ça fait

Pour oublier

Qu’on s’est défaits.

FINAL CUT