.

Vous avez choisi les protagonistes de JUSQU’A TOI.


Catherine Deneuve est Hélène Alban

Julien Baumgartner est Clément
Vincent Lindon est Bertrand Morane

***

97. INT. NUIT – RESTAURANT

Devant une assiette à peine touchée et un cendrier presque plein, Hélène, un chandail d’homme enfilé sur sa robe du soir, lit le manuscrit de Bertrand dans la salle déserte.
Le patron du restaurant pose une théière sur un plateau et l’apporte à Hélène.

LE PATRON
Tu fermeras ?

Hélène hébétée sort de sa lecture.

HELENE
Quoi ?

Il pose le plateau sur la table puis sort un jeu de clefs d’une des poches de son pantalon.

LE PATRON
Tu fermeras ?

Hélène fait un geste pour retirer le chandail.
Le patron pose sa main sur l’épaule de l’actrice.

LE PATRON
… Garde-le…

Hélène pose sa main sur celle de l’homme.

HELENE
Merci…

Elle prend sa main et, vulnérable, embrasse la paume. Ses yeux brillent d’émotion. La main se dégage doucement et sert un thé à l’actrice qui replonge aussitôt dans le manuscrit.
Les lumières de la salle s’éteignent. Seule une lampe douce posée sur la table d’Hélène reste éclairée.

OFF

Porte qui s’ouvre et se referme. Rideau de fer qu’on tire. Musique.

Hélène ne voit plus rien, n’entend plus rien. Les pages l’absorbent.

98. EXT. JOUR – RUES PARIS

OFF
Musique

Hélène, en robe du soir, trench et chandail noué autour du cou ferme le rideau de fer du restaurant de l’île Saint Louis.
fondu enchaîné
L’actrice avance comme un fantôme.
Une arroseuse municipale l’éclabousse le bas de sa robe au passage.
Hélène continue son chemin sans y prêter attention.
fondu enchaîné
Le regard tourné vers l’intérieur, l’actrice arpente différentes rues désertes.
fondu enchaîné
Elle passe devant la brasserie d’Armand.
À travers la vitre, le patron sert un café à un ouvrier. Il s’immobilise lorsqu’il voit Hélène décoiffée, en robe du soir défraîchie, se diriger lentement vers son immeuble.

99. INT. JOUR – COULOIR/CUISINE/SALON BILBLIOTHEQUE

Hélène ouvre la porte de l’appartement.
Dans la cuisine, elle se débarrasse de ses affaires qu’elle pose négligemment sur la table.
Dans le couloir, retire ses chaussures, et tout en marchant, se dénoue les cheveux. Elle ouvre doucement la porte de la chambre de Julie. Le lit n’est pas défait.
Hélène avance dans un couloir sombre. Elle pousse au bout la porte du salon bibliothèque. Elle découvre Julie qui dort sur un divan, enveloppée dans un plaid moelleux.
Hélène s’avance vers la jeune fille, s’accroupit à sa hauteur et découvre sur le plaid le roman de Bertrand que Julie lit. Sur la quatrième de couverture, l’écrivain la regarde.
Le visage d’Hélène se tord de douleur, elle se débarrasse du bouquin d’un revers de main et éclate en sanglots. Elle enfouit son visage dans le plaid.
Julie décontenancée se réveille.

JULIE
T’étais où ?

Hélène ne peut réfréner ses pleurs.

JULIE
… Qu’est-ce que tu as ?…

Julie prend le visage défait de l’actrice dans ses mains.

JULIE
… Qu’est-ce qui se passe ?

100. INT. JOUR – CUISINE

Assise à la table de la cuisine, un café devant elle, Julie lit la lettre de Bertrand. Émue, elle la pose avec délicatesse sur le manuscrit.
Hélène, pieds nus, en peignoir de soie japonais aux tons doux presque fanés, les cheveux négligemment rassemblés dans une grande pince, apparaît avec des lunettes légèrement fumées sur le nez. Elle comprend que Julie a lu la lettre.

HELENE
La voiture vient nous chercher à quelle heure ?

Elle se sert une tasse de café.

JULIE
Dans une demi-heure…

HELENE
C’est quoi les prises aujourd’hui ?

JULIE
Ne t’inquiète pas, il n’y a pas de gros plan…

Hélène prend sa tasse de café.

JULIE
… Ça va aller ?

HELENE
Ce soir, j’aurai le droit d’être morte mais pas avant …

Hélène s’apprête à sortir de la cuisine avec sa tasse de café. Elle s’arrête à la porte.

HELENE

… J’aimerais bien que tu lises aussi le manuscrit quand tu auras le temps…

Hélène quitte la pièce.

volet avec iris qui se ferme

101. EXT. JOUR – PLACE DES VOSGES

La voiture d’Hélène se gare Place des Vosges.

OFF
Musique

Elle allume une cigarette, sort du véhicule. Protégée par des lunettes noires, un manteau négligemment jeté sur un tailleur classique avec une blouse en soie, elle s’arrête un instant devant la plaque en cuivre de l’Hôtel du Roi de Rien qui reflète son image. Elle pénètre dans la cour intérieure du bâtiment.

102. INT. JOUR – HALL/ASCENSEUR/
COULOIR HOTEL

OFF
Musique

Hélène croise quelques touristes qui se retournent sur son passage. Elle s’avance vers le comptoir où les deux veilleurs médusés la découvrent. Hélène leur demande un renseignement.
Le veilleur mince se précipite dans la cuisine. Le veilleur latin saisit l ‘appareil téléphonique. Emma déboule, suivie du veilleur mince. Surpris, le veilleur latin raccroche. Emma entraîne Hélène avec empressement vers l’ascenseur.
fondu enchaîné
Hélène est seule dans l’ascenseur tapissé de glaces taillées en biseau qui réfléchissent et multiplient son image à l’infini.
fondu enchaîné

Hélène marche lentement dans le couloir.
Les numéros de chaque porte défilent lentement devant son regard.

Elle s’arrête devant le 37. Après une longue inspiration, elle frappe à la porte.

OFF
La musique s’évanouit au profit de rires masculins feutrés.

Hélène patiente un instant. Toque à nouveau.
Lucas, une serviette d’éponge autour des hanches, ouvre la porte.

OFF HELENE
Excusez-moi…

L’actrice rebrousse chemin.

LUCAS
Clément !…

Clément, jeans ouvert, torse et pieds nus découvre l’actrice.

CLEMENT
Attendez !…

Hélène se retourne.

CLEMENT
… Attendez-moi, s’il vous plaît !

Il s’éclipse et revient en enfilant un tee-shirt, rejoint l’actrice en boutonnant sa braguette.

Hélène ne peut s’empêcher de sourire.

103. INT. JOUR – BAR HOTEL

Du comptoir, Emma, Lucas et les deux veilleurs épient Hélène et Clément assis dans des fauteuils à l’abri des regards indiscrets dans un des salons de l’hôtel.
L’actrice et le jeune homme se regardent en silence.

OFF LE VEILLEUR LATIN
Je la voyais plus grande…

OFF LE VEILLEUR MINCE
Oh non, elle est encore vachement classe !

OFF LE VEILLEUR LATIN
J’ai jamais dit le contraire !

LE VEILLEUR MINCE
Je me rappelle que ma mère adorait sa coupe et la couleur de ses cheveux, et quand elle allait chez le coiffeur, elle demandait toujours qu’on lui fasse un « blond Alban »…

LUCAS
La première fois qu’on m’a emmené au cinéma, j’ai vu une comédie musicale avec elle… Tout le monde chantait et dansait dans des coloris pastel… Pendant huit jours, j’ai fait la gueule à mes parents parce je savais que la vie serait toujours moins belle que le film…

Clément parle. Hélène l’écoute.

EMMA
C’est drôle, je la vois en vrai pour la première fois là. Et bien pourtant, j’ai l’impression de la connaître !…

Émue et attendrie, Hélène sourit parfois face à Clément qui se détend et devient de plus en plus expansif. De longs silences ponctuent leur échange.
La nuit qui tombe assombrit rapidement la pièce. Les lampes du bar et des tables s’allument en douceur les une après les autres.
L’actrice et le jeune homme semblent avoir perdu la notion du temps.
volet avec iris qui se ferme

104. INT. NUIT – SALON BIBLIOTHÉQUE HELENE

Sur une nappe en lin blanc, les doigts d’Hélène caressent une photographie de la villa du Portugal.

OFF HELENE
Alors elle est à moi, cette maison ?

OFF CLEMENT
Et à Laura aussi…

Hélène, Clément et Julie sont assis autour d’une table ronde et intime qui évoque la fin d’un dîner.
Hélène est vêtue d’un tailleur rouge et blanc. La jupe est imprimée de fleurs. Une plus grande s’étale au niveau du sexe comme une tache de menstruation.

HELENE

Ah oui, j’oubliais… Laura… La fée du logis, c’est ça ?…

Hélène saisit la pelle à gâteau.

HELENE
Julie, une autre part ?

JULIE
Oh, la, la… T’es dure là…

HELENE
Bon, une autre part, oui ou non ?

Julie tend son assiette. Hélène la sert.

HELENE
Clément ?

CLEMENT
Non, merci…

HELENE
Mais vous n’avez rien mangé !

JULIE
Tu pourrais le tutoyer quand même…

HELENE
J’ai toujours eu du mal avec le tutoiement, tu le sais bien…

JULIE
Oui, mais là c’est pas pareil…

HELENE (légèrement agacée)
Et si c’était de la timidité ?… (à Clément, gentiment ironique) … Clément, vous n’aimez pas ma cuisine…

CLEMENT
Si, si, beaucoup mais …

HELENE
Alors il faut en reprendre parce qu’il faut manger !

Hélène saisit d’autorité l’assiette du jeune homme et lui sert une part énorme. Elle quitte la table et va ouvrir un tiroir à tabac rempli de boîtes à cigares et de pipes anciennes. Ses mains choisissent une pipe en bois sculpté. Hélène montre le tiroir à Clément.

HELENE
Si ça vous dit…

Elle va s’asseoir dans un canapé près de la cheminée.
Clément et Julie mangent leur part de gâteau.

JULIE
Hélène m’as dit que tu vivais à l’hôtel ?

CLEMENT
Oui…

JULIE
Moi, c’est mon rêve !

Hélène bourre sa pipe.

HELENE
Plains-toi… Ici, c’est tout comme…

Julie lève les yeux au ciel.
Clément sourit.

CLEMENT
Enfin, j’y suis plus pour longtemps… C’est les éditions qui payent le séjour et comme le roman est terminé…

JULIE
Et elles sont chères les chambres ?

HELENE
Hors de prix pour ce que c’est !… Il fait vraiment nouveau riche cet hôtel… (à Clément) Non, vous ne trouvez pas ? … Prenez votre assiette Clément et venez vous asseoir près de moi… (à Julie) Trésor, tu fais le café, s’il te plaît ?
Clément, sans son assiette, s’assoit près d’Hélène qui humecte sa pipe.

HELENE
… En ce moment, c’est pas pratique, parce que tout est chamboulé… On tourne… (ennuyée, elle soupire) Bon… Enfin, vous allez faire vos bagages et vous allez venir vivre ici, ce sera beaucoup plus simple.

Elle tire sur sa pipe.

HELENE
Que c’est bon… Vous ne voulez pas essayer ?… Vraiment ?…

Elle tend sa pipe à Clément légèrement déconcerté.

cut
La suite au prochain épisode