Depuis Wim Wenders, nous savons qu’un coin perdu du Texas s’appelle Paris. Avec le premier long métrage de Christophe Van Rompaey, nous partons pour Moscou… en Belgique !
On raconte que cette petite banlieue ouvrière de Gand aurait accueilli un camp d’infanterie russe pendant les guerres napoléoniennes. Le réalisateur, lui, filme un tout autre combat. Celui d’une reconquête de soi sous fond de bataille amoureuse.
Entre résistances et lâcher prises, Moscow, Belgium/Aanridjing in Moscou est selon son réalisateur :
Un film cabossé qui retape la carrosserie de la comédie romantique jusqu’à rappeler qu’on a trop vite catalogué ce registre comme désuet.

Van Rompaey relève le défi avec fracas dès l’ouverture du film puisqu’il provoque une collision entre Matty (Barbara Sarafian), mère de trois enfants larguée par son mari, et Johnny (Jurgen Delnaet), un routier beaucoup plus jeune. Cet incident exacerbe le caractère bien trempé des protagonistes que tout éloigne.

Jamais lisse, Moscow, Belgium passe au papier de verre le laqué rose bonbon de la comédie romantique et révèle un réalisme rugueux. D’emblée, le film séduit par la qualité de son écriture :

– La rudesse des dialogues en néerlandais accentue les accents toniques et soutient le rythme énergique des répliques.
– Les séquences étirées à l’extrême contiennent un kaléidoscope d’émotions : une scène d’engueulade se transforme en tentative de drague, un déjeuner silencieux vire à l’esclandre, une sortie familiale en règlement de compte violent…

Hélas, cette œuvre sacrifie aux compartiments scénaristiques (cartons qui fragmentent le récit, séquences à répétition soulignant inutilement les hésitations sentimentales de Matty…).
Ces cloisonnements ajoutés à une trop forte volonté d’écrire drôle étouffent certains personnages, particulièrement ceux du mari manipulateur et de l’amant routier (donc alcoolo…) qui cèdent à la caricature.

Girardot + Deneuve = Sarafian

Le principal atout du film, c’est l’interprétation aussi tendre qu’explosive de Barbara Sarafian.

Imaginez, pendant le générique d’ouverture, une Annie Girardot seventies auréolée de la blondeur d’une Catherine Deneuve qui se traîne comme une serpillière sous la lumière blafarde d’un supermarché.
Au final, le temps d’un travelling crépusculaire, l’héroïne, les cheveux déliés de liberté, longe une voie ferrée. Elle tient contre elle une paire d’escarpins rouges offerte par son jeune amant. Chaussures trop petites pour elle, mais la maturité peut s’accommoder de ce genre de concession. Matty, remplie de soleil, sourit de nouveau à la vie.

Si, selon l’adage du critique Jean Auriol, le cinéma est l’art de faire faire de jolies choses aux jolies filles, alors cette œuvre redonne la beauté à son actrice et offre à ce Moscou belge des allures d’Eldorado. C’est déjà beaucoup.

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