Patrice Leconte réalise son premier film d’animation. En optimisant à mort Le Magasin des suicides, le roman de Jean Teulé, le cinéaste crée un véritable petit théâtre de marionnettes. Une fantaisie musicale illégitime de Tim Burton pour le funèbre et de Jacques Demy pour l’acidulé.
Au cœur d’une Gotham City franchouillarde où les humains se pendent et se défenestrent à tout va, une échoppe ne vend pas des parapluies, mais… tout l’attirail pour en finir avec la vie. Dans cette entreprise qui ne connaît pas la crise, la famille Tuvache prospère à mi-chemin entre La Petite boutique des horreurs et La Cuisine au beurre. Le père Mishima (comme Yukio) est le VRP du hara-kiri. La mère Lucrèce (comme Borgia), l’experte des fragrances poisons. Terne et sans peps, leur progéniture : Marilyn (comme Monroe), la boulotte gothique ; Vincent (comme Van Gogh), le geek échalas. Voilà t’y pas qu’un affreux évènement, Allan (comme Vega du groupe Suicide), pointe hilare le bout de son nez. Bouh, le vilain petit canard… joyeux !
Patrice Leconte se déleste des entraves de la fiction réelle et s’offre la liberté de l’animation avec des travellings sous acide, des plongées de folie, des numéros qui s’en donnent à c(h)oeur joie. Dans cette dictature du bonheur s’invitent des fantômes à la Miyazaki, les couleurs pop art des Aristochats, la flamboyance des crépuscules de Autant en emporte le vent, l’allégresse minnellienne de Brigadoon. Une tuerie à fondre de plaisir, à défaut d’en mourir.
3 questions à Patrice Leconte
Dès son élaboration, Le Magasin des suicides a été pensé en 2D Relief. Ce procédé offre aux images une profondeur de champ incroyable…
Je voulais que le film soit graphique, que le trait des dessins se voie. C’est pourquoi l’équipe artistique a mis au point un logiciel qui donne l’apparence d’un livre pop-up. Lorsque le film a ouvert le Festival d’Annecy, l’équipe Pixar a été subjuguée par le résultat.
Cette oeuvre est aussi destinée aux enfants à partir de 8, 9 ans. Un préambule idéal pour aborder le thème de la mort…
Lors d’une avant-première en province, une fillette de 12 ans a saisi le micro et a déclaré : « Moi, ce film, je trouve ça drôle. On rit avec des choses sérieuses. Le Magasin des suicides, c’est marrant. ». J’ai trouvé ça d’un chic !
Le film est un pied de nez au trépas. Avez-vous vécu sa réalisation comme un exorcisme ?
Non car ma mort ne me fait pas peur. Celle des autres me terrifie, mais la mienne ne me fait ni chaud, ni froid. Enfin, pour être plus juste, elle me laisse froid… comme un mort !
Photo 1
Photo 2
3 raisons d’aller voir ce film
1 Pour Patrice Leconte, jeune réalisateur d’animation. Avant de devenir metteur en scène, il est pendant 5 ans dessinateur et scénariste au magazine de bande dessinée Pilote.
2 Pour les mélodies de Etienne Perruchon, compositeur de musiques symphoniques, cinématographiques et théâtrales. Il collabore avec Patrice Leconte depuis le documentaire Dogora (2004).
3 Pour la voix singulière et craquante de Kacey Mottet Klein (Home et L’Enfant d’en haut de Ursula Meier, Serge Gainsbourg : vie héroïque de Joann Sfar).
Cet article est sur
MK2 Trois Couleurs












8 Ils ont dit
O. K. là, tu me donnes vraiment envie d’aller découvrir !
Bises
Olivier Francpourmoi
mon cher Benoit
Je n’ai pas vu ce film de Leconte j’ai raté toutes les projections….
Biz
Marylene
Hello,
J’avais adoré le bouquin, très drôle ! Le film semble valoir le coup.
Sinon, j’espère que tout va bien pour toi.
gros bisous
Djourini Djourina
Ravi que le Leconte t’ait plu
J’ai vu hier « Du vent dans les mollets », je n’ai pas détesté mais j’ai eu un mal fou – comme toujours d’ailleurs – avec Jaoui. Les gamines sont très chouettes, mais ce n’est pas indispensable.
Bises
Simone
Merci, Cher Benoît, de cet article enthousiaste.
Je n’aurai pas pensé à toutes ces références mais
en définitive, pourquoi pas !
J’ai hâte d’être à mercredi pour savoir si le film plaît
ou pas. J’espère que le bouche à oreille fonctionnera et que le
succès sera sur le longueur.
Agnès encore un peu Queen of the Drôme
Merveilleuse cette mise en page de Cinegotier. Merci.
Amitiés,
PATRICE
Cher Benoît,
Merci pour ce texte épatant que j’ai sous le nez, publié dans le magazine MK2, et qui me prouve que tu ne me racontais pas des sornettes au téléphone: tu aimes VRAIMENT ce film, et tu en parles rudement bien.
Amitiés,
PATRICE
Cher Brisefer, très heureux de la qualité magnifique de ce que tu as écrit à propos du film. Très touché, merci. Ce matin, à Strasbourg, une journaliste, brillante elle aussi, m’a à son tour parlé de Demy. Comme quoi.
Amitiés.
Patrice.