Qu’est-ce qu’un joli petit film ? C’est une poignée d’images qui embellit sur le moment la vie d’un spectateur. Un joli petit film n’est pas une grande œuvre de cinéma. Non, loin s’en faut. Juste une mosaïque d’émotions séquencées qui a quelques chances de devenir un coup de cœur.
C’est ce que propose Anna Novion dans son premier long-métrage : une succession de coups au cœur qui fait tressaillir les différents personnages et les pousse à grandir avec la souffrance inhérente à toute croissance.Cette fiction nous entraîne sur une île suédoise qui, tel un château en Espagne, abrite le trésor perdu d’un Viking légendaire.
Dans un milieu insulaire, il est constaté que les animaux et les humains tendent à atteindre la même taille. Avec Les grandes personnes, ce sont les sentiments qui empruntent la même évolution et s’uniformisent pour le meilleur être des protagonistes :

– Albert (Jean-Pierre Darroussin, parfait comme toujours) campe un bibliothécaire maniaque comme le sont souvent les êtres insécurisés. Un peu aigri, il refuse la fragilité de la vie cristallisée par la métamorphose adolescente de sa fille.

– Jeanne (Anaïs Demoustier, la révélation du film) est à l’heure des balbutiements du cœur. L’enfance la quitte à tire-d’aile et sa rencontre avec deux femmes la met en porte-à-faux avec son père.

Jean-Pierre
Daroussin

Anaïs
Demoustier

– Christine (Judith Henry, belle d’assurance), la costumière de théâtre parisienne, regarde Albert avec un brin de pitié dans un premier temps. Puis, elle cède à sa séduction tout en favorisant l’épanouissement de Jeanne.
– Annika (Lia Boysen, vue dans When the darkness falls d’Anders Nilsson) incarne une Suédoise qui retrouve son premier amour. C’est le caractère le moins bien dessiné du quatuor, mais la grâce de l’actrice et son identité nordique composent un symbole de féminité à la fois serein et vulnérable.


Judith Henry

Lia Boysen
Mais surtout – et c’est le plus bel atout du film – Ania Novion nous fait découvrir la splendeur de la Suède sans jamais tomber dans le piège exotique du dépliant touristique.
Hésitant entre apaisement et menace, le décor insulaire avec ses rives rocheuses, ses eaux opaques, son ciel gris plomb et ses couchers de soleil enflammés est le lieu idéal pour organiser le dépaysement mental des protagonistes et leur offrir de nouvelles perspectives de vie.

Dans ce périmètre aussi exigu qu’original, la caméra délicate surprend un regard qui s’abandonne, retient une inflexion de voix, caresse un dos las avec le souhait de constater plutôt que la volonté d’expliquer.
Quand la modestie épouse la sensibilité, les grandes personnes en ressortent transformées et le spectateur, lui, un peu plus suédois qu’à l’arrivée malgré la réalisation trop convenue de cette œuvre aux allures de téléfilm.


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