DEDALE DEBILE

En 1997, lors de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, la salle en liesse se lève à l’issue de la projection d’Amours chiennes d’Alejandro Gonzalez Inarritu. La salle est sonnée par cet uppercut cinématographique mexicain dont le sujet et le traitement haletants soutiennent à la perfection la violence débridée.
2004 : 21 grammes, le quasi-remake américain d’Amours chiennes, étonne un peu moins malgré sa dextérité. Peut-être à cause du casting prestigieux qui l’éloigne de l’authenticité de l’original.
Afin de clore sa trilogie sur les effets provoqués par un patchwork de causes romanesques, Alejandro Gonzalez Innarritu étend avec Babel son champ d’action au monde entier.

Inarri trop = Innari tue

Avec ce troisième film, tous nos espoirs de retrouver ce metteur en scène doué aux images musclées s’envolent ou plutôt retombent avec fracas tant l’effet papillon a des allures de mammouth boursouflé.
Dans Babel, les très méchants adultes se refilent un fusil comme une patate chaude. Et à cause de la vilaine mondialisation, ce sont des pauvres petits enfants paumés qui trinquent aux quatre coins de la terre.

Le monde selon Inarritu fait plein de bruits et n’est pas avare de mouvements (de caméra lourdingues et intempestifs).
On crie énormément, on pleure beaucoup et on saigne aussi sans arrêt (question écoulement, Cate Blanchett va même plus loin la pauvre…).
Cette apocalypse – véritable indigestion cinématographique – est couverte par les accords dégoulinants et auto-parodiques de Gustavo Santaolalla, beaucoup moins inspiré que dans la somptueuse b. o. de Carnets de voyage de Walter salles.

Seul, le jeu sobre et intérieur de Koji Yakusho relève le niveau ainsi qu‘une séquence magique – digne de la fièvre d’ Amours chiennes – dans laquelle deux enfants américains découvrent un mariage mexicain où le sacré se mêle au païen.
A part
ces (trop) rares moments, il est difficile d’adhérer à un scénario dont les rebondissements plus grotesques les uns que les autres semblent écrits par un marteau-piqueur.

Quand (enfin !) à l’issue de la projection interminable, nous lisons au générique que le réalisateur dédie ce film à ses enfants – en toute simplicité, ils les qualifient de « soleils dans la nuit noire » – on se demande si Alejandro Gonzalez Inarritu connaît la fable de Jean de La Fontaine dans laquelle une grenouille veut devenir aussi grosse qu’un bœuf. Elle enfle et gonfle tant qu’à la fin, elle éclate !
La grenouille est atteinte d’un mal souvent viril qui prend ses racines dans la vanité et que l’on nomme « arrogance ». L’arrogance est une maladie fatale pour les cinéastes. Ses effets (toujours démonstratifs et souvent douteux dans leur message) ont déjà eu raison d’Adrian Lyne, de Percy Adlon ou encore d’Alan Parker…

Espérons qu’avec son quatrième film, Alejandro Gonzalez Inarritu ne jouera pas avec sa caméra comme un petit garçon avec son sexe. C’est-à-dire frénétiquement et à tout bout de champ (et contre champ) !

Les Belles de Babel

En 2003, le mythe de la tour de Babel est montré dans un film sobre et ample, instructif et géographique, et dont la fin aussi brutale qu’inattendue coupe le souffle : Un film parlé de Manuel de Oliveira.

Là ou Alejandro Gonzalez Inarritu s’ingénie à filmer dans tous les sens, Manuel De Oliveira – au sens propre comme au figuré au regard de la mondialisation et du terrorisme – fait le point avec des plans larges et fixes dans lesquels les acteurs respirent et ont le temps de s’exprimer.
La photo limpide d’Emmanuel Machuel met en lumière une distribution qui encense avant tout quatre ACTRICES, mémoires de la culture européenne : Irène Papas pour la Grèce, Catherine Deneuve pour la France, Stefania Sandrelli pour l’Italie, Leonore Silveira pour le Portugal ainsi que le merveilleux John Malkovich et Luis Miguel Cintra.

Tous partent en croisière et à bord du bateau, chaque personnage d’Un film parlé parle sa propre langue. Pourtant, tout ce petit monde se comprend comme dans la tour idéale.

Malicieux, charmeur, drôle et intelligent, grave et littéralement « terrorisé » à la fin, ce film propose différentes faces de l’humanité au fil des grands ports de la Méditerranée : la mer nourricière de la terre.
Pour filmer avec une telle simplicité un propos aussi vaste, il fallait l’un des plus grands cinéastes du monde. Un vieux Monsieur de presque cent ans toujours frais et insolent comme un adolescent !

JAMES BLONDE

Je le confesse, je n’entends pas grand-chose au langage de cinéma « jamesbondesque ».
Je sais juste que l’œil de velours de Sean Connery m’avait particulièrement séduit parce que son jeu flirtait avec une dérision latine que n’aurait pas reniée l’un des plus grands acteurs du monde : Marcello Mastroianni.
Depuis le talent et l’intelligence de Connery – et aussi son enveloppe qui a un peu aidé l’impact de son succès mondial – aucun successeur n’a pu détrôner son statut d’agent 007 suprême.
Et s’il était né le divin espion ? Résonnez gadgets : Daniel Craig est en passe de devenir le nouveau James-B (L) ond du septième art !

Gueule masculine et regard distancié, cet acteur anglais possède déjà à son actif une belle filmographie. Notamment en 2004, le troublant The mother de Roger Michell dans lequel il s’éprend sexuellement d’une vieille femme défraîchie.

Dans Casino royale, Daniel Craig étend le spectre écrasant du héros vers une zone inattendue : la féminité.

Lorsqu’il sort des flots en maillot de bain – telle la Vénus de Botticelli – il pénètre dans l’imagerie des James Bond’s girl et range son anatomie torride à côté de celles, entre autres, d’Ursula Andress et de Halle Berry.

James Bond affiche aussi une moue boudeuse que nous ne connaissions pas jusqu’alors à Daniel Craig . Est-ce pour mieux embrasser son personnage ?…
Je ne sais, mais lorsque je me suis ennuyé à la vision de Casino royale – si, si, parfois ça m’est arrivé… – l’image de Tony Curtis travesti en Joséphine dans Some Like It Hot de Billy Wilder m’est alors apparue et s’est superposée sur le visage de Daniel Craig qui avançait vers moi ses lèvres charnues et offertes.

James, you’re naughty girl !