Cinéaste, peintre et poète, Jerzy Skowlimoski (Travail au noir, Deep end…) n’a pas tourné depuis dix-sept ans.
Il revient en noirceur, mais non sans une certaine douceur, avec un film somnambulique – presque un conte – dans la veine d’un Eraserhead (David Lynch) en plus burlesque, d’un Spider (David Cronenberg) en plus polonais.
Leon vit seul dans une baraque depuis la mort de sa grand-mère. La masure de Leon est située dans un village de partout et de nulle part. Un village gris, blanc et rouge. Gris comme le halo d’aquarium du film au grain poisseux. Rouge brique attristé comme les cheminées. Blanc incertain comme la neige boueuse et les draps qui sèchent au froid.
Osraka est à la lisière de tout : la raison, le social et la maison d’Anna, une infirmière (Kinga Preis). Jadis, Leon a été le témoin du viol très brutal de la jeune femme. Depuis, il ne cesse de l’épier et de la suivre comme un insecte obsessionnel.
– L’enfance de Leon part avec le décès sa grand-mère.
– La sexualité d’Anna et d’Osraka s’effondre à cause des viols.
– La citoyenneté du héros s’interrompt lors de son incarcération.
Le film traite aussi de l’impuissance psychique à communiquer un sentiment amoureux d’où les tentatives de pénétration du mateur dans l’intimité de l’infirmière. Leon traite alors Anna comme une princesse. Une Belle dont il n’est pas digne, tout Bête qu’il est. C’est pourquoi le voyeurisme du personnage est plus compassionnel que salace.
Dans l’antre d’Anna, Leon joue à la poupée. Il fait le ménage, maquille les orteils de l’infirmière, enfile une bague trop grande pour le doigt de l’infirmière. Le bijou va se perdre entre les fentes du plancher. Métaphore de certaines pénétrations si profondes (les viols des deux protagonistes) qu’elles sont fatales à l’équilibre mental.
La bande-son d’une grande précision est couronnée par le thème de Michal Lorenc. Boucle musicale incessante et évolutive comme l’obsession de Leon.
Quant aux décors, ils montrent une succession d’ouvertures, de vitres comparables à des écrans qui donnent à voir la vie sous son jour le plus cru (l’anatomie d’Anna qui est loin d’être un parangon de beauté, son alcoolisme et sa mélancolie) et le plus transgressif (l’introduction de Leon chez Anna par la fenêtre).
– Le bac d’eau de vaisselle de la prison où la tête du héros est plongée pendant son agression sexuelle.
Ponctué de symboliques bestiaires propres au surréalisme (la charogne d’une vache qui flotte sur l’eau, une mouche désemparée au tribunal, un chat qui s’enfuit dans la nuit…), Quatre nuits avec Anna inspecte à tâtons les remparts d’une architecture psychiatrique.
La dernière séquence du film clôt ce portrait lorsque Leon enjambe une fenêtre toute neuve : un écran aussi large que sa liberté retrouvée. Il court alors à perdre haleine vers la maison d’Anna. Soudain, il se trouve face à un mur jusqu’alors invisible dans le film. Pourtant, les pierres de cet obstacle ne datent pas d’hier.
Toute cette histoire serait-elle réelle ou inventée par son héros empêché, enfermé ?…
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4 Ils ont dit
Merci pour ça Benoit!
– – Henry Silverman
les bureaux de dieu je l’ai mis en film de la semaine
les predateurs est en ligne
judith anderson hante joan fontaine sur le blog Ecran noir
BG est partout !
Bravo !! ça donne envie. Je n’avais pas entendu parler du Skowlimoski.
Je t’embrasse
pénélope
j’ai vu Entre les murs, bien, utile, mais pas de quoi en faire toute une palme non? peut-être que vue de New York c’est exotique… mise en scène assez plate, pas ou trop peu de belles images, pas très soigné et surtout déjà vu. on passe un bon moment mais pas de choc particulier.
M