Off, cris de supporters sportifs. Ambiance stade. Jean retire ses chaussures, tombe la veste et s’assoit sur son lit devant une TV imaginaire.

JEAN
Y vont-tu l’avoir c’t’hostie d’but-là ?… Calice de tabarnacle de gang de branleux ! C’est rien que des incapables, pis on va la perdre la Coupe Stanley ! Hostie, pour une fois que les Canadiens se rendaient aux éliminatoires ! … Ouais, c’est ça mon gars, plus à gauche… Attention, attention, attention !… Wouah hostie, le beau but !…
Marie apparaît. Jean, de dos, ne la voit pas. Elle considère Jean quelques instants, et coupe à distance la TV avec une télécommande imaginaire.

JEAN
… Sacrement !… Ma game de hockey, qué cé qui s’passe ?…

Jean s’aperçoit de la présence de Marie.

JEAN
… Rouvre la TV !

MARIE
T’es-tu matché avec la TV ?

JEAN

Ben non, je suis matché avec toi, mais c’est l’heure de ma game, pis c’t’important pour moi, tu le sais ben.

MARIE
Jean ?

JEAN
Quoi ?

MARIE
T’as-tu le goût d’un petit souper d’amoureux ?

JEAN

À soir, après ma game, j’ai ma sortie à taverne avec mes chums de gars, tu le sais ben, Marie.

MARIE
À soir, j’aurais aimé ça te parler…

JEAN
Ben, parle-moi… J’ai trois quarts d’heure encore.

MARIE

C’est parce que ça se peut que ce soit plus long que ça, j’pense…

JEAN
Oh, Boy…

MARIE
Grizzly, c’est très sérieux.

JEAN
Quoi ? T’es pas enceinte, toujours ?

MARIE
Non, non…

JEAN
Ben, accouche…

Marie, mal à l’aise, s’assoit sur un des lit. Un lourd silence s’installe.

MARIE
Tu sais que je fais une psychothérapie, hein ?

JEAN
Hum, hum…

MARIE

C’est pas pour rien que je fais ça. C’est pour nous deux…En tout cas en faisant ça, j’ai surtout appris à quel point j’étais rendu rien avec toi…

JEAN

Ah ouais, c’est l’fun ta thérapie ! Pis, qu’est-ce que t’as appris d’autres ?

MARIE

Je me suis rendue compte que c’était toujours toi qui pensais à ma place…

JEAN
Ben, c’est pour toi que je fais ça !

MARIE
Je te dis pas que je t’aime pas, là…

JEAN
Que c’est que tu veux dire, d’abord ?

MARIE
Je veux dire que… j’ai rencontré… un gars…

JEAN
Qu’est-ce que tu veux dire par rencontrer ?

MARIE
Ben, euh…

JEAN
Ah, c’est ça que tu veux dire…

MARIE
Oui…

JEAN
T’as couché avec ?…

MARIE
Si on veut… oui…

JEAN
Avec lui ?…

MARIE
Ouais….

JEAN
T’as couché avec lui ?

MARIE
Oui, mais pas dans ma tête !

JEAN

Je veux pas savoir les détails !… Où c’est que vous avez faites ça ?

MARIE
Dans un motel…

JEAN
Pourquoi ?

MARIE
Y’avait pas d’autre place…

JEAN
Non, pourquoi que t’as faite ça ?

MARIE
Pour savoir si je t’aimais.

JEAN
T’aurais pu me le demander avant !… T’as-tu aimé ça ?

MARIE
Écoute, Jean, j’t’aime…

JEAN
C’t’une belle preuve !… C’était-tu bon ?

MARIE
Au début, oui…

JEAN
Comment ça, au début ?… Qu’est-ce qu’y a faite ?

MARIE
Ah, rien… Ecoute, je l’aime pas…

JEAN

Y’en as-tu beaucoup que t’aimes pas d’même ?… Ecoute, Marie, tu me tues, là… Pis en me tuant, c’est nous deux que tu tues. J’t’ai toute donné, Marie !

MARIE

Ben oui, mais chu tannée de recevoir, j’ai l’goût de donner, moi avec !

JEAN
Ben pourquoi, tu l’as donné à lui d’abord ?

MARIE
C’est une étape dans notre amour…

Jean balance de toutes ses forces un coussin en direction de Marie.

JEAN
Une tape, tu veux dire !

MARIE
Jean, ça duré juste une journée… C’est fini, là !

JEAN

UNE JOURNEE ! ! !… Combien de fois vous l’avez faite ? Combien de fois ?

MARIE
Juste deux fois !

JEAN

DEUX FOIS ! ! !… Tabernacle, pas deux fois ! Pourquoi deux fois ? Il me semble qu’une fois, c’était assez !… Là, là, c’était rendu du plaisir. C’est pus un coup de tête ça, c’est de la porno !

MARIE
C’est pas de ma faute, la première fois, ça a mal été…

JEAN
Pourquoi t’as continué d’abord. Parce que t’aimais pas ça ?

MARIE
Ben, non…

JEAN
Parce que c’était meilleur qu’avec moi ?

MARIE

Oh, non !… Avec toi, c’est tellement plus beau, plus naturel…

JEAN

Comment ça, qu’est-ce qu’ y a faite ? Des affaires qu’on se fait pas ?

MARIE
Pourquoi tu veux savoir ça ?… On se fait du mal là…

Marie s’approche de Jean. Elle tente de lui caresser la joue.

JEAN

S’il te plaît, touche-moi pas ! J’ai l’impression que c’est lui qui me touche !

MARIE
Excuse…

JEAN
Non, mais qu’est-ce qu’y a ce gars-là ? Y est-tu normal ?

MARIE
Comment ça ?

JEAN
Ben du bas, là ! Y est-tu plus bâti que moi ?

MARIE (excédée)
Un peu !

JEAN

Comment tu fais pour me dire ça ? Réalises-tu ce que tu viens de me dire, là ?

MARIE

Mais, c’est pas important.J’aime mieux ça avec toi, j’te jure, Jean, c’est toi que je désire !

JEAN

Non, non, Marie. C’est fini nous deux !… On pourra pus jamais être seuls, à chaque fois qu’on va rentrer dans le lit, dans ma tête, y va toujours être en-dessous des draps !

MARIE
Grizzly, fais pas ton bébé…

JEAN

Non, Marie, là, le grizzly, y est dans le très sérieux… Même qu’à soir, le bébé y a pris un coup de vieux.

MARIE
Jean, t’es plus adulte que ça…

JEAN

Tu viens de nous embarquer dans le cercle vicieux. Demain, c’est moi qui va te tromper, après demain, ça va être encore à toi, l’autre demain, ça va être je sais pas qui… Pis je m’en sacre parce que je serai pus là !… Le rêve est fini. Y vient de se réveiller le bébé.
Marie, désemparée, s’effondre sur son lit. Jean, abattu, fait de même sur le sien.

MARIE
Je t’aime, Jean, comprends donc !

JEAN
Le pire, c’est que moi aussi, je t’aime…

Noir lent.
OFF, Sweet Revenge remix Ruichy Sakamato.


Dans la nuit, le vent souffle. Les deux lits sont de plus en plus éloignés. Marie dort. En caleçon, assis sur son lit, Jean la regarde, songeur.

JEAN (chuchote)

Marie ?… Marie, y’a une affaire que je voulais te demander ?

MARIE (ensommeillée)
Quoi ?

JEAN

C’est pas important, mais c’est juste pour savoir qu’est-ce que tu penses sur ça…

MARIE
Sur… quoi ?…

Jean s’approche de Marie. Il s’accroupit près du lit de la jeune femme.

JEAN

Ben… Je me demandais pourquoi t’as été voir ailleurs… C’est-tu que je te satisfais pas ?

MARIE
Bon… Je l’savais…

JEAN
Non, non… C’est juste pour savoir de même… Pour te connaître…

MARIE (vaseuse)

OK… Je vas te le dire… Si je suis allée voir ailleurs, c’est parce que ça me donnait la sensation… d’être libre… de choisir quand j’veux… C’ que moi j’ai le goût de faire… C’est un goût… volontaire…

JEAN

Ah bon… Donc, c’est pas un vrai goût dans le sens d’un goût « j’ai l’goût », là…

MARIE

C’est p’t-être pas un goût dans le sens de goût… mais c’t un goût dans le sens de… de choix…

JEAN
Pis avec moi, c’est-tu un goût-goût ou un goût-choix ?

MARIE
Avec toi, c’est plutôt un goût-goût…

JEAN

Oui mais, si ton goût-goût y a le goût, pourquoi ton goût choix a pus le goût ?

MARIE
C’est parce que mon goût choix, y a le goût que je sois libre !

Marie soupire. Elle se retourne et se rendort.

JEAN
Ah bon…

Jean retourne dans son lit. Il patiente quelques secondes en s’agitant.

JEAN
Marie ?

MARIE (se réveille en sursaut)
QUOI ?

Jean se précipite dans le lit de Marie.

JEAN
Mon goût-goût, y a le goût de toi.

MARIE
Niaiseux…

JEAN
Envoye-donc, gougoune…

MARIE
Le gougou s’en vient gaga, là…

JEAN
Gougou veut gogo dans gougoune, bon !

MARIE
Gougoune, elle a pus l’goût ! ! !

Marie éjecte Jean qui tombe sur le sol entre les deux lits. Il regagne sa couche et se pelotonne sous les draps. Il s’évanouit dans l’ombre. Seule, Marie est assise dans son lit et dans la lumière.

MARIE

Après un an à essayer de me dépasser, j’étais rendue complètement dépassée…. Ça a fait que j’ai choisi de partir…

Marie se lève, s’habille et fait son lit.

MARIE

… Pis là, j’ai eu ma phase discothèque, mais je me suis tannée de la danse. Surtout des slows collés… C’est pas que j’étais tannée des gars, mais je les voyais venir, pis la plupart du temps, ils venaient pas de ben, ben loin… Après ça, j’ai travaillé dans une agence de voyage… C’est là que j’ai rencontré Léopold. Y était venu acheter un billet pour la Californie. Y m’a beaucoup appris. On s’expliquait toutte, même ce qui demandait pas d’explication… Je l’aimais beaucoup… Pis y est parti tout seul pour la Californie… C’était mieux d’même, j’pense…
Marie s’éloigne et s’efface dans le noir.
Jean apparaît dans la lumière. Il est assis au creux de son lit.

JEAN

Moi, après que Marie m’a laissé, chus tombé dans une phase de cruisage assez grave, merci… J’avais pas vraiment le tour avec les filles, mais je finissais toujours par me débrouiller. Le fait de boire aussi, ça m’aidait pas mal… Après un bout de temps, j’ai perdu ma job, pis j’sais pas pourquoi, j’me suis comme tanné de cruiser… Pis, j’arrêtais pas de penser à Marie, le seul grand amour de ma vie… Marie, c’est quelqu’un de ben spécial, une fille hypersensible, un peu
mystérieuse… Malgré nos chicanes, on flottait ben ensemble… À m’manque beaucoup…

La suite au prochain épisode…