JEAN

Aïe, si on jouait aux portes qui claquent ?… Toi tu claques, moi j’entre doucement !

MARIE

C’est ça !… J’vas être toute seule à avoir l’air violente, pis bête. Merci… On claque tous les deux ou on claque pas !

JEAN
C’est moi qui va claquer !

MARIE
Moi aussi, d’abord !

JEAN
T’es ben compliquée, coudonc…

MARIE
Bon…

Marie et Jean disent mécaniquement leurs répliques et pointent leur doigt, à la façon du jeu d’enfant : Trou, ce sera toi qui sera qui sera le roi, mais comme la reine ne le veut pas ce ne sera pas toi !

MARIE
Tu – m’aimes – tu ?…

JEAN
…Moi – j’t’aime plus – toi – tu m’aimes-tu ?…

MARIE

…Moi – non – plus !… (déçue, elle s’aperçoit qu’elle a perdu)… Bon, OK, vas-y…
Jean quitte la pièce. Marie demeure seule et l’attend. Silence. Marie s’impatiente.
MARIE
Bon, qu’est-ce que tu fais, astheure ?

JEAN (OFF)

On joue à s’engueuler ! …Tu veux-tu m’engueuler, s’il te plaît ? … J’t’avertis, je commence !

MARIE (lasse)
Commence…

Théâtral, Jean fait son entrée.

JEAN
Ecœurante !… Maudite vache !

Visiblement, Marie n’a pas du tout envie d’entrer dans le jeu.

MARIE
C’est pas une insulte ça… J’aime beaucoup les vaches.

JEAN
Epaisse ! … CHIEN-NEU !

MARIE
Pantoufle.

Jean dégoûté abandonne la partie.

JEAN
Ah ! Maudite marde !…

Sur un malentendu, Marie prend la mouche.

MARIE
Aïe, c’est moué, ça ?

JEAN
Oui, t’es de mauvaise foi !

MARIE
Voyons : gros cul ! C’est bon ça ?… C’est pas bon, gros cul ?

JEAN
Quoi ! Gros cul ?

MARIE
On peut recommencer si tu veux…

JEAN (furieux)

On fait rien que ça, recommencer, pis on aboutit jamais. On n’a pas réussi à s’engueuler une seule fois convenablement !

MARIE
Calme-toi. On va se détendre un peu, pis…

JEAN

Ben non, il faut justement pas se détendre, bonyenne !… Tu vas jamais plus loin que la porte qui claque !

MARIE
Dis-toi ben que c’est déjà beau !

JEAN
Ben, si t’y crois pas en partant…

MARIE

Bon. Sors !… (hurle en pointant le doigt vers la sortie) SORS !
Marie, hors d’elle, pousse Jean vers l’extérieur. Une fois seule, elle réfléchit une seconde, prend une chaise, la pose en avant scène. Elle a l’air satisfait.
MARIE
ENTRE !
Jean apparaît. Marie pointe du doigt la chaise. Jean s’approche timidement.



Marie l’assoit brutalement. Elle dit ses répliques comme si elle annonçait froidement les règles d’un jeu sadique. Quand Jean souhaite se relever, Marie le plaque sur la chaise.

MARIE
Moi, je t’attends. Y est trois heures du matin, pis t’es chaud.

JEAN
Chus chaud ?…

MARIE

T’as bu toute la nuit avec tes chums de gars, t’as du vomis sur tes culottes.

JEAN

Aïe, J’sais boire moi !… J’vomis pas pour un oui ou pour un non !

MARIE
C’est un de tes amis qui a été malade, pis tu l’as aidé.

JEAN
Non, ch’pas capable de voir quelqu’un renvoy…

MARIE

… De voir quelqu’un renvoyer, ça t’fait renvoyer toi avec… Ben, t’fais semblant !

JEAN
J’ai pas de chums de gars qui savent pas boire…

MARIE
Bon, tu rentres chaud et propre à trois heures du matin !

Jean, hors de lui, se dégage de l’emprise de Marie. Il se lève brusquement.

JEAN

Tu vois ben qu’on peut pas s’engueuler. T’as c’te maudite manie de toujours trouver des solutions !

MARIE (furieuse)
Excuse-moi !

JEAN

Encore ! T’aurais pu me répondre de manger d’la marde, là ! Ben non, tu t’excuses !

MARIE

Eh ben, va donc chier, tiens ! (gifle Jean à toute volée) PIS MANGE D’LA MARDE !
Jean, furieux, saisit son vêtement. Il quitte la scène. Décontenancée par son geste, Marie reste seule.
OFF MUSIQUE
Sweet Revenge Ruichy Sakamato
Marie organise le décor. Elle décolle les deux lits qui se séparent. Elle s’étend sur l’un deux, pensive, l’air fermé.
JEAN (OFF)
Marie ?… Marie !… T’es-tu là ?…

MARIE
Non.

Refroidi par l’accueil de Marie, Jean calme sa joie. Il s’approche du lit, s’accroupit à hauteur de Marie.
JEAN
Marie, j’ai une question sérieuse à te poser, pis je veux que tu me répondes honnêtement… Marie, as-tu confiance en moi ? Honnêtement, tu penses-tu que je suis déprimant ?…

MARIE
Honnêtement ?

JEAN
Oui…

MARIE
Oui.

JEAN

C’est vrai, t’as raison… Marie, as-tu peur que si on a un enfant, je vas te laisser ?…

Marie se retourne, et offre son dos à Jean.

JEAN
Ça veux-tu dire oui, ça ?

MARIE

Ça serait plutôt à moi de te poser la question, tu trouves pas?

JEAN
Ben, j’veux juste que tu saches que je te laisserais pas !

MARIE
C’est une promesse ou une menace, ça ?

JEAN

J’veux juste te dire que si on avait un enfant, ça m’dérangerait pas ! Mais il faut qu’on arrête de se chicaner…

MARIE
Qui est-ce qui se chicane ?

JEAN
Ça fait une semaine qu’on se parle plus !

MARIE
Correction, moi je te parle plus !

Marie s’en va sur l’autre lit. Jean la rejoint aussitôt.

JEAN

Il me semble que la semaine passée, tout était correc’… Si on est pour avoir un enfant, il faut que tout redevienne comme avant… Ça fait combien de temps qu’on a pas faite l’amour, Marie ?

MARIE
C’ tu juste pour ça que t’as changé d’idée ?

JEAN
Combien de temps ?

MARIE

Depuis que tu m’as dit que tu voulais plus t’abaisser au règne animal.

JEAN
C’est pas ça que j’ai dit !

MARIE
Ben, c’est ça que j’ai compris !

JEAN

Tu vois, c’est justement ça… On communique plus. On est en train de détruire notre famille !

MARIE
Quelle famille ?

JEAN

On va avoir un enfant, Marie !… Pis, il faut qu’on lui crée un environnement sain. Il faut qu’on règle nos différends tout de suite pour pas…

Excédée, Marie se lève brutalement.

MARIE

Bon ! Tu veux qu’on règle nos différends ?… Ben, quand tu pourras me regarder dans les yeux, pis me donner des raisons qu’ont du bon sens pour rêver d’avoir des enfants dans un premier temps, pis après avoir peur d’en faire, ben là, nos différends vont être réglés !

JEAN

T’as pas compris? Je viens de dire que j’en veux des enfants!

MARIE
Ah, t’es sérieux astheure ?

JEAN
J’ai jamais été aussi sérieux de ma vie !

MARIE
Pis t’as changé d’idée juste comme ça ?

JEAN
Oui.

MARIE
Pourquoi ?

JEAN

Parce que si on le fait, je veux le faire comme il faut, pis je veux en profiter. Y a rien dans la vie qui nous empêche de changer d’idée !

MARIE
Y paraît, oui…

Jean prend Marie sur son dos, et l’entraîne vers l’autre lit. Marie se débat de toutes ses forces.

JEAN
Viens-t’en !

MARIE
Où est-ce que tu veux aller ?

JEAN
Faire le petit !… Faut y aller tout de suite !

Jean jette Marie sur le lit, et se couche aussitôt sur elle en déboutonnant son pantalon.

MARIE
T’es ben pressé…

JEAN
On a pas de temps à perdre !… Viens-t’en !

MARIE
UNE MINUTE, LA !

Marie se dégage brutalement, et envoie valser Jean sur le lit. Elle se lève.

MARIE

Toi, tu penses que tu peux changer d’idée juste de même-là, pis qu’automatiquement, tout va être correc’ ?

JEAN

J’veux avoir mon enfant, Marie, comprends-tu ? Je sais là qui faut vouloir un enfant, sinon…

MARIE
Avec toi, y a pas de demi-mesure !

JEAN

Ça va être incroyable !… On va l’emmener en pique-nique les dimanches. Je vais jouer à la balle avec lui. Il va être heureux !

MARIE

Jean, juste parce que tu veux des enfants, ça veut pas nécessairement dire que tu vas être adulte.

JEAN

Ah, Marie, tu peux pas savoir comment j’me sens… J’étais un mauvais père, je l’ serai plus !

MARIE
T’es pas père encore.

JEAN
Non, mais je vas l’être !…Viens-t’en !

Jean saisit Marie, la plaque à nouveau sur le lit et revient sur elle.

MARIE
Juste de même ?

JEAN
Ouais, juste de même !

MARIE
Tu veux qu’on aille fasse un petit ?

JEAN
Oui…

MARIE
On va faire l’amour ?

JEAN
Y a une autre façon ?

MARIE
On s’met dans le lit, pis on fait un enfant ?!

JEAN

C’est ça… Ah, que je suis content, Marie…. Je suis content, tu peux pas savoir comment !

MARIE
Ça fait juste une semaine, tu t’en es déjà passé pour plus longtemps.

JEAN
C’est pas le temps de niaiser, Marie… Viens-t-en !

MARIE
T’as une drôle de technique de séduction, toi ?

JEAN
On a pas le temps pour ça…

MARIE

Peut-être un petit souper au restaurant, quelques fleurs, de la musique…

JEAN
UNE MINUTE !!!

Jean se dégage de l’étreinte et envoie valser Marie au bout du lit. Angoissé, il se lève, le pantalon baissé sur ses chaussures.

JEAN
… C’est peut-être pas le bon moment ?

MARIE
À peu près temps que tu y penses.

JEAN
Peut-être que tout de suite, là, c’est pas bon… pour moi ?

MARIE
Pour toi ?

JEAN
Comment je vas faire ?

MARIE
Qu’est-ce qu’il y a donc ?

JEAN
Ça serait quand la prochaine fois qu’on aurait fait l’amour ?

MARIE
Ça avait l’air que c’était pour être tout de suite !

JEAN

Non, non ! Je veux dire, normalement, ça serait quand si on le faisait pas tout de suite ?

MARIE
Comment veux-tu que je le sache ?

JEAN

Ah bonyenne, si c’est mal calculé ! … Est-ce qu’on est correct, là, je veux dire, est-ce que c’est le bon temps du mois ?

MARIE
Euh… oui !

JEAN
Pour fertiliser, je veux dire !

MARIE

C’est ça que je disais aussi !… Veux-tu bien me dire qu’est cé qui se passe ?
Jean va s’asseoir sur une chaise, et indique son caleçon à Marie.

JEAN
Marie, y faut que tu viennes !!!

MARIE
Moi, je fais pas ça sur la chaise !!!

Noir.
OFF pleurs d’enfants.

La suite au prochain épisode…