Faute de pouvoir voir clair, nous voulons, à tout le moins, voir clairement les obscurités.

Sigmund Freud

Faut-il chercher à comprendre pour aimer ? Les sentiments peuvent-ils succomber à l’analyse ? Deux questions que pose Bad Timing : a sensual obsession. En plus de Eyes wide shut de Stanley Kubrick, Enquête sur une passion rappelle l’influence psychanalytique qui traverse Vertigo (1958) de Alfred Hitchcock et Identification d’une femme (1982) de Michelangelo Antonioni, œuvres à la fois antérieures et postérieures au cinquième film de Nicolas Roeg. À la névrose obsessionnelle d’Hitchcock qui inclut l’espionnage comme mode d’existence, répond l’avancée elliptique d’Antonioni où le voyeurisme est prôné comme constitution de l’être.

En 1895, Sigmund Freud et Joseph Breuer publient Les Etudes sur l’hystérie. Auguste et Louis Lumière, la même année, achèvent la mise au point du cinématographe. Freud baptise cette nouvelle forme d’expression : « l’étrange familier ». Les images sur un écran sont à la fois étranges et familières, inanimées et vivantes. Les acteurs et actrices ne se rendent pas compte du regard posé sur eux. Captivé, troublé par leurs émotions réelles et pourtant illusoires, le spectateur de cinéma se retrouve dans la situation du voyeur.

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Freud se méfie de « l’étrange familier ». Il ne veut pas être la proie d’une caméra, et clame qu’il est impossible de restituer le travail psychanalytique par le biais du médium cinématographique. Lorsque le producteur Samuel Goldwyn, l’un des fondateurs de Hollywood, lui propose la somme de 100 000 dollars pour écrire un scénario, l’inventeur de la psychanalyse décline l’offre.

De nombreuses œuvres de cinéma abordent la psychanalyse. Certaines démontrent son efficacité : Spellbound/La Maison du docteur Edwardes (1945) de Alfred Hitchcock et Suddenly, last summer/Soudain l’été dernier (1959) de Joseph L. Mankiewicz. D’autres la parodient : Annie Hall (1977) de Woody Allen et Un Divan à New York (1995) de Chantal Ackerman.
Certaines exposent un comportement névrotique dû à un traumatisme : M le Maudit de Fritz Lang (1931) et Sweeney Todd de Tim Burton (2007).
D’autres mettent en scène un thérapeute néfaste motivé par le pouvoir absolu : Das Kabinette des Dr. Caligari/Le Cabinet du docteur Caligari (1919) de Robert Wiene et Bad timing : a sensual obsession/Enquête sur une passion (1979) de Nicolas Roeg.
Enfin, le cinéma avide de biopics met Freud en images sous les traits de Mongomery Clift dans Freud : secret passion (1962) de John Houston et Vigo Mortensen dans A dangerous method (2011) de David Cronenberg.

Le Cabinet du docteur Caligari

Spellbound

Soudain l’été dernier

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