Scènes de couple au Québec
Marie pis Jean s’rencontrent.
Y sont tousseuls, chacun d’leu’ bord,
pis après, toué deux.
Y s’adonnent ben pis y vivent ensemb’.
Y rient, Y s’découvrent, y s’ déçoivent,
pis pour finir, y s’séparent.
En toué cas, on verra ben…
Ils s’accordent vite et vivent ensemble.
Ils rient, se découvrent,
souffrent, se déçoivent et se séparent.
L’un manque alors à l’autre.
Marie et Jean se retrouvent
pour un nouveau départ.
Enfin, peut-être…
En 1996, je découvre différents morceaux choisis du théâtre québécois écrits par :
Claude Meunier Lorraine Pintal
Louis Saïa Louise Saint-Pierre Daniel Simard
Séduit par le rythme et la fluidité, le propos et la justesse de ton de ces scènes, je les colle, les adapte, puis ajoute quelques textes originaux. Et ce patchwork aux allures de scénario devient alors une véritable créadaptation : « Tu m’aimes-tu ? » (scène de couple au Québec).
Cette comédie aigre-douce raconte l’histoire sentimentale qui unit deux héros canadiens : Marie et Jean. Elle prend le parti de mettre en lumière, au fil du temps, les querelles conjugales qui ponctuent le parcours accidenté de ce couple.
En découvrant ce texte, tous les auteurs sont réjouis de découvrir leur travail d’écriture dégagé de leur premier contexte qui prend soudain un relief inédit. Et tout au long de son parcours, ce spectcle rencontre la faveur enthousiaste du public et le soutien de nombreuses critiques en gagnant sur deux fronts :
– une unité de ton qui évite l’impression disparate du collage des textes ;
– la conquête du temps qui passe grâce à la structure elliptique de la pièce.
Un film d’amour au théâtre
J’ai une méfiance instinctive de tout exotisme. Un accent, aussi séduisant soit-il, me fait toujours l’effet d’un voile qui recouvre et éloigne l’émotion. Mais cette écriture québécoise rapide et précise, directe et concrète m’inspire une mise en scène physique et sensuelle. Une partition où les corps parlent autant que les mots. Prennent à toute allure des virages de comédie où le rire se transforme en émotion en deux répliques et trois mouvements.
Comme dans les comédies américaines des années 1940, la pudeur et la vulnérabilité des personnages se ressentent sans s’appesantir derrière la légèreté et la saveur imagée des dialogues. Et culture québécoise oblige, c’est Marie qui porte la culotte des sentiments alors que Jean tente d’attraper le désir qui tourbillonne et fout le camp !
Loin des coulées d’érable
Nos deux héros qui ne quittent jamais totalement le plateau se lancent dans des joutes verbales endiablées comme si nous les observions dans l’intimité de leur chambre : l’arène scénique et symbolique de leur amour.
Les deux lits qui composent le décor sont collés au début de l’idylle, mais s’éloignent peu à peu au fil des chicanes.
Quelques chorégraphies, une musique loin des coulées de sirop d’érable et des bûcherons surhumains ainsi qu’un un éclairage vert ensoleillé virant au bleu électrique lors du gel des sentiments, enrobent le spectacle d’une façon sophistiquée.
Energiques et turbulents, sexy et attendrissants, Jean et Marie nous montrent – tambour et cœur battants – nos courages et nos faiblesses, nos certitudes et nos doutes amoureux !
Noir.
OFF, Beauty Ruichy Sakamato
Ils commencent une chorégraphie contemporaine. La danse se transforme en fantasme. Sous les yeux du jeune homme, la jeune femme sort un mouchoir, caresse son bras, son épaule et son visage. Elle laisse tomber le mouchoir.
OFF, un train en marche gagne sur la musique.
La réalité reprend ses droits. Jean et Marie voyagent de nuit dans un compartiment imaginaire.
OFF, le train meurt doucement.
Jean aperçoit le mouchoir sur le sol. Il le ramasse, le sent en douce, et le tend à Marie.
Pardon ? … Ah oui, merci…
Non merci… Je fume pas.
JEAN
Ça tombe bien ! Moi, non plus…
Est-ce que j’aurais pas une poussière dans l’œil ?
JEAN
Vous ? …
MARIE
Est-ce que vous parlez comme ça à toutes les femmes ?
JEAN
Non…
MARIE (ironique)
Ah ! Bon…
JEAN
Qu’est-ce que vous diriez d’être la mère des mes enfants ?
MARIE (déconfite)
Vous avez des enfants !
JEAN
Non… Je parlais de nos enfants !
MARIE
Nos… Nos enfants ?!?
… Dès que je l’ai vu, je l’ai voulu !…
JEAN
C’qui m’arrive, ça pas d’bon sens…
MARIE
… Ensemble, toué deux…
JEAN
…Pour le meilleur comme pour le mieux…
MARIE
…Lui…
JEAN
…Elle…
JEAN + MARIE
…Et notre histoire au milieu !
OFF, chants d’oiseaux.
Jean, mon nom.
MARIE
Moi, c’est Marie.
JEAN
Je t’aime, Marie.
MARIE
Moi aussi, Réjean.
JEAN
Jean…
MARIE
Jean !…Pardon…
OFF, les oiseaux s’effacent.
L’éclairage évoque la lumière d’un petit matin. Marie s’éveille alors que Jean dort à poings fermés.















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