Résumé des épisodes précédents

La dépouille de l’écrivain Bertrand Morane repose dans sa villa portugaise. Autour de lui : Ferguss son éditeur parisien et Clément, son amant et nègre de ses derniers ouvrages. La mort du romancier est tenue secrète.
Clément et Ferguss découvrent la teneur de son testament et le notaire remet une enveloppe mystérieuse au jeune homme. L’éditeur presse le nègre de terminer le dernier roman du défunt. Son but : rendre publique la mort de Morane entre la parution du livre et la programmation de l’émission A la Page. Clément s’oppose à cette manipulation d’images. En vain, le jeune homme est sous contrat.
Clément découvre le contenu de l’enveloppe mystérieuse. La missive indique un cabinet secret aux murs tapissés de photographies de la célèbre comédienne Hélène Alban où se trouve un manuscrit inédit de Bertrand.
Clément se rend à Paris et séjourne à l’hôtel du Roi de Rien. Il retrouve Emma, la patronne de l’hôtel attendrie de retrouver son veilleur de nuit « enlevé » autrefois par Bertrand Morane.
Alors que Clément tente de rédiger le dernier opus de Morane, il parvient à se rapprocher d’Hélène Alban…

***

Amusez-vous à composer le casting de JUSQU’A TOI.
Quelle comédienne envisagez-vous dans le rôle de Julie ?…

Mélanie
Laurent


Muriel
Combeau

Nadia
Farès

79. INT. NUIT – TAXI

Il pleut. Clément, assis à l’arrière du véhicule, guette Hélène et Julie qui apparaissent à l’entrée des artistes. Julie retire son trench. Les deux femmes se protègent la tête avec le vêtement. Elles courent jusqu’à une voiture sombre stationnée près du théâtre. Elles s’y engouffrent. La voiture sombre dépasse le taxi qui se met à la suivre.
fondu enchaîné

À travers la vitre balayée par les essuie-glaces, la voiture sombre emprunte différentes rues.
fondu enchaîné

La voiture sombre stationne en double file dans une avenue résidentielle. Hélène et Julie sortent et se dirigent rapidement vers l’entrée d’un immeuble cossu.
Clément observe les deux femmes qui pénètrent dans l’immeuble. Il quitte le taxi.

80. INT. NUIT – HALL IMMEUBLE

Julie appuie sur le bouton de l’ascenseur. Hélène aperçoit l’ombre furtive de Clément derrière la porte en verre dépoli.

HELENE
Il y a quelqu’un !

Julie se retourne et ne voit personne.

JULIE
Ça va pas mieux, toi…

L’ascenseur arrive au rez-de-chaussée.

HELENE

Je suis sûre qu’il y avait quelqu’un… Je suis quand même pas folle !

Elles pénètrent dans l’ascenseur.

81. INT. NUIT – SALON BIBLIOTHEQUE

La vaste pièce au plafond haut est meublée avec un soin, un raffinement tout particulier. Des centaines de livres y côtoient des œuvres d’art. Devant un feu de cheminée, Hélène est assise sur un grand coussin face à un jeu de Monopoly.
Elle est vêtue d’un tailleur en jersey noir avec une superposition de mousseline dans le dos qui semble lui donner des ailes lorsqu’elle se déplace. La jupe est imprimée de larges fleurs rouges et abstraites qui ressemblent à des tâches de sang. Elle porte des collants noirs et des chaussures à talons hauts.
Elle regarde le jeu où bon nombre de maisons et d’hôtels sont déjà placés. Elle saisit les maisons Rue de la Paix et les remplace par un hôtel.

HELENE
De toute façon, j’ai trop de maisons…

OFF JULIE
Ça, c’est pas faux…

HELENE
Mais j’ai toujours fonctionné comme ça… Je suis une tortue qui besoin d’avoir trois carapaces sur le dos, moi… Je rejoue, j’ai fait six…

Hélène lance le dé.

HELENE
… Quand j’en habite une, je pense à celles qui sont vides…

Hélène avance son pion.

HELENE

… Et je me sens coupable quand j’en fleuris une au détriment des autres… Au fait, tu sais si Bernard est toujours à Ouessant ?…

OFF JULIE
Non…

HELENE
Ça fait un petit moment déjà que je lui ai donné les clefs… C’est à toi de jouer, tu viens ?

Julie est juchée sur une échelle de bibliothèque. Elle est à la recherche d’un livre.

OFF JULIE
Non, j’ai plus envie… T’as gagné de toute façon…

HELENE
Ce que tu peux être mauvaise joueuse… On peut jamais terminer une partie avec toi !

Hélène se lève et ouvre un paquet de cigarettes. Il n’en reste qu’une.

HELENE
Ah… J’en ai plus…

JULIE
Comme d’habitude…

HELENE
(ironique)
C’est de ta faute aussi…Avant quand tu fumais, tu pensais toujours à en acheter pour deux mais maintenant, je suis toute seule…

Julie tire un livre d’une étagère.

JULIE
C’est bien, ça ?

Hélène fait une moue dubitative. Julie remet l’ouvrage à sa place.

JULIE
… Tu veux que j’aille t ‘en chercher ?

Julie descend de l’échelle et cherche parmi des livres empilés sur un guéridon.

HELENE
Non, tu es gentille… J’ai envie de prendre l’air…

Julie saisit un livre.

JULIE
Et ça ?

HELENE
Fais voir…

Julie tend le livre à Hélène qui regarde la couverture un instant et retourne aussitôt le volume. Sur la quatrième de couverture, une photo de Bertrand Morane.

HELENE
… Il est beau, hein ?…

JULIE
Bof…

HELENE
De toute façon, toi en ce moment, tu ne vois que Michel…

Julie veut rétorquer. Hélène la coupe.

HELENE
… Si tu crois que je n’ai pas vu votre manége. On dirait deux paons qui font la roue… Attends, je ne suis pas dupe. C’est pas pour moi qu’il est venu dans la loge ce soir. Je sais très bien que je lui tape sur les nerfs… Non, non il est venu pour toi. Pour t’emmener dîner… Et beaucoup plus si ébriété…

Julie fait diversion. Elle saisit le livre des mains d’Hélène et le feuillette machinalement.

HELENE
Tu vas faire un voyage magnifique avec ce livre… Il y a une force cachée derrière chaque ligne… C’est un auteur à vif avec une sensibilité très crue, très singulière… Particulièrement depuis ses derniers romans…

JULIE
Bon…

Julie embrasse Hélène.

JULIE
… Bonne nuit.

HELENE
À demain trésor… Dors bien…

Julie quitte la pièce. Hélène saisit une étole de laine brune et moelleuse jetée négligemment sur un fauteuil.

81. EXT. NUIT – AVENUE

Enveloppée dans l’étole, Hélène sort de l’immeuble. Elle traverse l’artère déserte. Sa démarche est entravée par l’étroitesse de sa jupe. Elle se dirige vers une brasserie, s’engouffre dans l’établissement sans remarquer Clément qui la guette derrière un arbre.

82. INT. NUIT – BRASSERIE

Hélène se dirige vers le comptoir où boivent DEUX CLIENTS esseulés. Hélène sert la main du PATRON.

LE PATRON
Bonsoir Madame…

HELENE
Bonsoir …

LE PATRON
Alors ce tournage, ça va comme vous voulez ?

Hélène acquiesce de la tête.

HELENE
Une cartouche et … une vodka, tiens …

Le barman sort une cartouche de dessous le comptoir. Hélène la déchire, en extrait un paquet et saisit une cigarette. Un des clients se rapproche et lui tend son briquet.

LE PATRON
S’il te plaît, tu la laisses tranquille…

HELENE
Mais non, laissez-le … Il ne fait rien de mal…

Le client allume la cigarette d’Hélène.

HELENE
Merci… Vous prenez quelque chose ?… Si, si j’insiste… (à l’autre client) Et vous aussi… (au patron) Vous leur servez ce qu’ils désirent et sans vous oublier, d’accord ?

Le patron pose la vodka d’Hélène sur le comptoir. Elle saisit le verre et déguste une gorgée en laissant aller son regard vers l’avenue.
L’expression d’Hélène se fige. Elle pose brutalement sa consommation et se précipite dehors.

83. EXT. NUIT – AVENUE

Hélène déboule sur le trottoir. L’avenue est déserte.

84. INT. NUIT – BRASSERIE

Hélène revient au comptoir.

HELENE
(à la cantonade)
Vous n’avez pas vu quelqu’un ?… Une ombre… Un homme qui épiait, là… Derrière cet arbre…


Le patron s’empresse de sortir. Il scrute l’obscurité et revient.
LE PATRON
Non, j’ai rien vu… Y a pas un chat…

LE PREMIER CLIENT
Les visions, c’est la fatigue ça…

LE SECOND CLIENT
(éméché)
Ou la folie !

Le patron lève les yeux au ciel. Hélène éclate de rire.

HELENE
Ça doit être ça !…

Elle lève son verre vers le client.

HELENE
À la folie, alors !…

Elle boit la vodka d’un trait.

HELENE
… Tout le monde reprendra la même chose, je suppose ?

Elle fait un clin d’œil au barman.

HELENE
… Vous mettez le tout sur ma note … (à la cantonade) … À bientôt, messieurs !

Le patron lui fait un signe de la main. Il regarde Hélène traverser l’avenue à petits pas avec sa cartouche dans une main et son étole récalcitrante dans l’autre.

OFF LE SECOND CLIENT
Ça, c’est une femme comme y a pas d’homme !…

85. INT. NUIT – COULOIR/CHAMBRE JULIE

Hélène, ses chaussures à la main, marche sans bruit dans le couloir jusqu’à une porte entrouverte d’où s’échappe un rayon discret de lumière. Elle toque doucement. Silence. Elle pousse la porte et découvre Julie endormie. Hélène va s’asseoir sur le bord du lit. Du bout du doigt, elle apprivoise une mèche rebelle sur le front de la jeune femme. Elle la considère un moment en souriant paisiblement.
Sur la table de chevet, Bertrand Morane sourit en quatrième de couverture. La main d’Hélène actionne l’interrupteur de la lampe. Il fait presque noir.
cut
La suite au prochain épisode…