Hello goodbye est un de ces films que l’on va voir à reculons parce qu’il dégage un parfum de fausse bonne idée. Parce que son titre, emprunté à une chanson des Beatles, sonne faux. Parce que cette énième comédie française de l’année – même si, pour une fois, elle ne traite pas des trentenaires et de leurs romances régressives – promet sur son affiche de donner la pêche aux spectateurs. Parce que, devant une telle légèreté de communication, on ne peut s’empêcher de frémir à l’idée d’un nouveau genre de cinéma franchouillard dont l’ambition serait de remonter le moral des troupes en temps de crise.
Et puis, brave et bon public, on réfléchit un peu. Chaque histoire ne contient-t-elle pas par un parti pris naïf, un noyau dur romanesque indispensable à sa construction ? Pourquoi faire la fine bouche ? Pourquoi refuser d’accompagner un couple de seniors sur la terre d’Israël ? Pourquoi ne pas vouloir découvrir Tel-Aviv quand ce sont Gérard Depardieu et Fanny Ardant qui proposent de vous guider ? On se ravise, s’ébroue, se rassérène et l’on se dit qu’au fond, il y a pire comme bagne !

Tel-Aviv-les-Flots
Alain est gynécologue, ashkénaze et n’a aucune attirance pour la religion de ses origines. Gisèle n’est pas juive, mais s’est convertie lors de son mariage. À l’heure où le fils unique déserte le logis familial, des aspirations spirituelles titillent la dame. Et comme ce que femme veut, Dieu le veut, autant dire que le mari ne fait pas un pli et suit son épouse pour s’installer à Tel-Aviv !Dès les premières images, le soupçon que l’on refoulait remonte à la surface. Hello goodbye, comme les rives de la Méditerranée, clapote et oublie fâcheusement de faire des vagues. Coule à pic avec son scénario cousu de fil blanc. Touche carrément le fond quand Graham Guit filme Israël avec une caméra si pépère que Tel-Aviv finit par ressembler comme deux gouttes d’eau à Palavas-les-Flots.

Surfant avec opportunisme sur la vogue du cinéma israélien, le film offre un rôle de rabbin falot à Lior Ashkenazi, beaucoup plus inspiré dans Mariage tardif de Dover Koshashvili. Quant à Sasson Gabai, impeccable, il incarne un douanier, pâle copier coller de son interprétation dans La visite de la fanfare d’Eran Kolirin.

Muriel Combeau
par
Marc Bergère

 

 

Françoise Christophe

Sous le soleil français, rien de nouveau puisque Jean Benguigui, notre Danny Devito national, reprend sa sempiternelle partition de juif pied-noir. Deux jolies surprises, cependant, apparaissent à l’écran : la trop rare, mais toujours délicieuse Muriel Combeau (cf. entretien après cet article) et Françoise Christophe, impériale en mère acariâtre et autoritaire.

An affair to remember
Et Elle ? Et Lui ?… Deux séquences du film les mettent en lumière d’une façon flottante, presque non scénarisées. Chacun de leur côté.

Fanny Ardant, dans un jeu retenu sur le souffle, parvient à nous cueillir le temps d’un voyage en bus. Soucieuse, elle regarde le paysage avec ce regard brun et voilé qui n’appartient qu’à elle. Soudain, un rayon de soleil surexpose la pâleur de son visage. Cette caresse évapore ses soucis et un sourire se dessine sur ses lèvres.
On comprend alors pourquoi les monstres sacrés du cinéma sont les dignes descendants des héros de la mythologie tant qu’il y aura un astre et un chef opérateur (Gérard Stérin) pour révéler leur éclat.

L’ogre le plus féminin du cinéma français, lui, assis face à la mer Méditerranée, nous offre son dos accablé. De cette masse gigantesque, échouée telle une baleine sur le sable, émane plus de douceur et de fragilité qu’une plume au gré du vent.
Malheureusement, une musique insipide souligne le désarroi du personnage. Graham Guit ne sait-il pas que chaque métropole possède sa propre musicalité faite de vrombissements, de klaxons et de brouhahas humain ? Et que Gérard Depardieu, même de dos, n’a pas besoin de justification sonore pour nous émouvoir ?…

Dans le premier quart du film, une scène réunit le couple mythique (1) sur un court de tennis. Joli clin d’œil envoyé à La femme d’à côté, le film d’amour le plus noir du cinéma français et qui pourtant, à chaque vision, redonne envie d’aimer. Tout le contraire d’Hello goodbye. Hello François Truffaut, goodbye Graham Guit !

(1) : Gérard Depardieu et Fanny Ardant ont tourné quatre films ensemble : La femme d’à côté de François Truffaut (1981), Le Colonel Chabert d’Yves Angelo (1994), Nathalie d’Anne Fontaine (2004) et Hello goodbye de Graham Guit (2008).

 

***

MURIEL COMBEAU

LA COMEDIE HUMAINE

Vêtue de noir, elle est lovée dans l’angle d’un canapé bleu nuit. Chez elle, dans le quartier Bastille. Si Muriel Combeau est avant tout pour les téléspectateurs la Gladys Dupré d’Avocats et associés, elle joue aussi régulièrement au cinéma et au théâtre.
Je regarde son front bombé, la lumière trouble de son regard, son petit nez adorable et ses taches de rousseur qui retiennent l’enfance. Muriel possède la fantaisie débridée de Claudette Colbert et le romantisme félin de Simone Simon. À coup sûr, Jacques Tourneur (La féline) ou Robert Wise (La malédiction des hommes léopard) l’aurait aimée dans leur cinéma modeste d’épouvante des années 1940.
En la rencontrant, je souhaite brosser le portrait d’une comédienne qui vit de son métier depuis près de vingt ans. Pas une star, mais une actrice s’exprimant sans langue de bois, avec un sens de l’humour qui replace les expériences à leur juste distance. Muriel Combeau ou la comédie humaine, très humaine…

Claudette Colbert


Simone Simon

 

 

Muriel Combeau

 

À quand remonte votre désir de devenir comédienne ?
Depuis l’âge de huit ans. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu jouer la comédie. Jamais, je ne me suis posée la question de ce j’allais bien pouvoir faire dans la vie. Et, sans devenir une vedette, je n’ai pas cessé de travailler depuis l’âge de dix-huit ans. Comme quelqu’un qui a choisi une profession et l’effectue régulièrement, normalement.

Normalement ?… Je ne sais pas si je regarde votre filmographie pendant les années 1980. Vous tournez avec Gérard Oury, Patrice Leconte, Coline Serreau… Peu de jeunes comédiennes accèdent aussi rapidement à de telles productions. Golden Eighties de Chantal Ackerman est votre second film…
Oui, un film kitch qui n’a pas très bien marché. Le grand bonheur, c’était de pouvoir tourner avec Delphine Seyrig et Charles Denner. Un homme gentil, très attentionné. Au déjeuner, il me racontait des histoires. Ne me demandez pas lesquelles parce que je n’ai pas de mémoire ! (rires)

Golden eighties qui rend hommage à l’oeuvre de Jacques Demy, est un film phare…
Ah bon, phare ?… Pour vous, peut-être… Je ne sais pas. J’étais très insouciante à l’époque. Ce n’est pas parce que j’étais à l’affiche d’un film d’Ackerman que j’ai cherché à me montrer, à me faire remarquer. J’ai longtemps négligé les relations publiques. Pourtant, j’ai été prénomminée deux fois aux Césars, mais je n’ai même pas pris la peine de renvoyer mes bulletins de votes. Aujourd’hui, avec plus de maturité, j’ai compris combien être présente dans certaines occasions et entretenir des relations peuvent influencer le cours d’une carrière. Autrefois, je ne pensais pas du tout à cela. Vivre de ce métier me comblait totalement.



Vous apparaissez ensuite en jeune mariée aux côtés de Michel Boujenah et de Richard Anconina dans
Lévy et Goliath de Gérard Oury…
Qu’est-ce qu’il était gentil ! Oury était très chaleureux, très tactile. Il ne pouvait vous parler sans avoir besoin de vous toucher. Il mettait sa main sur ma cuisse – en tout bien tout honneur, il aurait pu être mon grand-père ! – et me racontait des histoires. Je revois ses yeux de cocker à la Serge Reggiani derrière ses énormes lunettes. Bien qu’étant un ancien acteur, il n’était pas dans la séduction. Je l’adorais!

Parlons de Romuald et Juliette de Coline Serreau où vous incarnez une secrétaire aussi mignonne que…
Faux-jetonne, oui. Commence alors pour moi une longue série de rôles de méchantes !

Ce sont les méchants qui font les histoires. Sans eux, pas d’intrigue possible… Cette fable avec Daniel Auteuil et Firmine Richard est toujours un franc succès lorsqu’elle repasse à la télévision.
Alors que le film n’a pas rencontré un succès assez important pour vraiment lancer la carrière des seconds rôles de ce film. J’ai été très impressionnée par le courage et l’autorité de Coline Serreau. Une sacrée bonne femme qui dirige son équipe d’une main de fer et qui peut faire jusqu’à cinquante prises. Je me souviens que Firmine Richard en avait fait les frais… Face à cette exigence extrême, l’acteur doit avoir de la ressource. Je suis ressortie enchantée de cette expérience et du résultat à l’écran.

Vous aviez vu ses premiers films ?
Oui, vous vous souvenez de Pourquoi pas ! et de Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

Oui, oui. Jusqu’à Romuald et Juliette, je suis vraiment client. À partir de La crise, son cinéma devient moins fin, malheureusement plus démagogique. Mais le succès de Romuald et Juliette vous amène en 1990 à Rendez-vous au tas de sable de Didier Grousset avec Richard Gotainer. Un film un peu oublié aujourd’hui…
Pourtant, je l’aime beaucoup. C’est mon rôle le plus important au cinéma. Rendez-vous… montre l’univers si singulier de Gotainer, à la fois foutraque et très personnel. C’est un film auquel je tiens.


 

 

Vivre de la comédie pour une actrice ne s’inscrit pas seulement sur un écran de cinéma ou sur une scène de théâtre. Dans votre cas, une publicité pour les plats cuisinés Marie est synonyme de rencontre…
Je me souviens encore de ma réplique : « Ce n’est pas parce que c’est déjà fait qu’il ne faut rien faire ! ». Cette pub avec Jean-Claude Dreyfruss, c’est le jackpot pour mon compte en banque puisque je suis payée à chaque diffusion. Pendant quatre ans, j’ai gagné ma vie grâce à ce spot TV. D’une façon moins pragmatique, elle me permet aussi de rencontrer le réalisateur…

… Qui n’est autre que Patrice Leconte et qui vous confiera deux rôles dans Tango et Félix et Lola.
C’est à peine un rôle dans Tango. Juste une apparition avec une phrase à dire en extérieur, mais elle me permet de rencontrer Philippe Noiret. Je me rappelle qu’il ne cessait de pleuvoir. Impossible de tourner. Ce qui fait que je suis restée une semaine… à discuter dans la caravane de Philippe Noiret ! Ça jasait sur le tournage. Pourtant, nous ne faisions que parler ! Il était paternaliste. Mon personnage s’appelait Cindy. Le jour de la première, il s’est levé à fin du film et s’est exclamé en me cherchant du regard : « Mais elle où ma petite Cindy ? ».


Jean Pierre Cassel


Charles Denner

 


Philippe Noiret

Frédéric Gorny

 

Gérard Depardieu

 


L’idéal partenaire…


En parallèle, le théâtre arrive très vite dans votre carrière.
Oui, très. J’habitais une chambre de bonne rue de Rennes. Un jour, j‘entends la voix d’Anémone sur mon répondeur qui me propose une audition. Je crois à une blague, et rappelle mes copines en les félicitant pour leur talent d’imitation. C’était bien Anémone à qui Jean-Louis Livi, mon agent d’alors, avait donné mes coordonnées. Et je me suis retrouvée sur la scène du théâtre du Splendid entre Anémone et Gérard Darmon pour Un caprice de Musset et On purge bébé de Feydeau. Le public venait voir une franche comédie et le spectacle commençait par le monologue d’une jeune comédienne inconnue qui ne le parle que de… bourses ! Les rires gras fusaient sur Musset. Ce fut, comment dire, une expérience… enrichissante. Le spectacle est resté six mois à l’affiche.

Le succès est un parfois un malentendu qui dure. Votre second rendez-vous sur les planches, c’est avec Jean-Louis Livi et sa pièce Des sentiments soudain.
Oui, avec Caroline Sihol, Christine Boisson, Didier Flamand et Marc Jolivet. Je me souviens avoir repris ce rôle en une semaine ! Jean-Louis Livi était alors le patron de l’agence artistique Artmédia. Le soir de la première, le nombre de vedettes dans la salle était incroyable. À la fin du spectacle, ma mère qui est psy était dans ma loge. Un homme vient me féliciter et m’embrasser. Ma mère me murmure : « Je crois que je le connais. Je me demande si ce n’est pas l’un de mes patients… ». C’était juste… Gérard Depardieu ! Ce genre d’anecdote remet les pendules à leur… place comme dirait Johnny Hallyday (rires). Mais mon rendez-vous de théâtre le plus magique, c’est avec Beno Besson.

Dans Qui sait tout et gros beta. Avez-vous des souvenirs de travail avec Beno Besson. Comment vous guidait-il ?
Beno refusait toute psychologie. Il savait exactement ce qu’il voulait et dirigeait à l’intonation. Dans un premier temps, c’est très troublant, voire inconfortable. Et pourtant, c’est dans cette contrainte que l’on parvient à trouver un espace de liberté. Inutile alors de trouver les mots pour dire quelque chose. Il faut juste suivre la musicalité de son personnage. Beno Besson n’était pas toujours tendre et ne fonctionnait pas à l’affectif. Mais quel metteur en scène ! Mon bonheur était redoublé car mon rôle faisait rire le public…

… Du théâtre de la Porte Saint-Martin, l’une des plus grandes salles à l’italienne de Paris. Les rires que le public vous renvoie doivent être comme un flot d’amour…
Énorme ! En plus, nous chantions.

Muriel Combeau par Sylvain Bergère

Le chant fait partie de votre vie car vous faites alors partie du groupe Voices dirigé par Amy Lavietes. Aujourd’hui, vous chantez du lyrique avec Véronique Bicherey et vous venez aussi d’interpréter le générique d’un documentaire A la poursuite du bonheur réalisé pour Canal + par Sylvain Bergère. Qu’est-ce que vous apporte le chant par rapport à la comédie ?…
Qu’est-ce qu’il m’apporte ? Vaste question… Le bonheur, le bien être, la lévitation. C’est-à-dire la libération d’un grand nombre d’émotions. Lorsque je sors d’un cours de chant, c’est comme après une séance avec un psy, mais la douleur en moins !

Vous faites partie de ces comédiennes qui passent du cinéma au théâtre, mais aussi par la télévision. C’est ce que j’appelle faire le cabri !
Moi, c’est ce que j’appelle faire son métier ! (rires)

Avant d’aborder la longue aventure d’Avocats et associés, vous tournez plusieurs téléfilms dont Un conte de deux villes de Philippe Monnier avec James Wilby, le Maurice de James Ivory. Vous jouez en anglais et périssez sur l’échafaud…
Oui, je joue une victime désignée. Pour une fois, ni vulgaire, ni idiote, ni mauvaise. Un régal ! Les journaux anglais parlent alors de moi et je songe sérieusement à m’installer à Londres. Mais ma vie privée a voulu que je reste à Paris… Je joue une seconde fois en anglais dans une comédie Last Tangle in Paris aux côtés de Judge Reinhold, l’acolyte d’Eddy Murphy dans Le flic de beverly Hills. J’incarnais sa maîtresse. Mes scènes avec Judge étaient toutes intimes. C’est un bon vivant et nous sympathisons très vite. Dans une scène de lit, je dois l’embrasser fougueusement et ensuite, il me saute dessus. Nous répétons. Judge, discrètement, me prend à part. Embarrassé, il me dit : « Chez nous quand on embrasse, on ne met pas la langue… ». J’avais une de ces hontes. Moi, je m’étais donnée à fond !

C’est ce qu’il se dégage des dix premières années de votre carrière. Vous êtes comme un petit bulldozer qui avance sans retenue. Votre énergie est celle d’un lionceau débridé. Dans quelles circonstances vous propose-t-on le rôle de Gladys Dupré dans la série de polars Avocats et associés ?
De la façon la plus normale. Je fais des essais, ou plutôt une succession d’essais puisque la production les perd à chaque fois. C’est à la suite de mes troisième essais que je suis prise pour le rôle.

Un rôle récurrent à la télévision vous fait-il peur ?
Très, très, très peur. Mais cette proposition arrive dans un moment de creux. Le seul que j’ai rencontré dans mon parcours. Donc, j’ai le choix entre payer mon loyer et élever ma fille ou bien être dans la rue et crever de faim. Dans ce cas, le choix est assez rapide… L’artistique passe derrière la nécessité.

La Gladys Dupré d’Avocats et associés

S’installer dans ce rôle récurrent – le mot est laid car il fait penser à de l’Ajax qu’on frotte sur une batterie de cuisine ! – ce rôle vous permet de ciseler le personnage de Gladys Dupré avec une très belle précision. Au fil des saisons de la série, touche après touche comme un peintre. Retrouver pendant une dizaine d’années le même personnage me semble être un grand privilège pour un acteur…
Après la peur d’être cataloguée comme une actrice de télé, j’ai très vite aimé le rôle de Gladys Dupré. Je lui ai insufflé des touches personnelles car j’ai eu la chance d’avoir une grande liberté d’interprétation. Bien sûr, cette alchimie a inspiré les auteurs de la série. J’ai pu exprimer des désirs et la production les a entendus. Si on s’installe pendant neuf ans dans un rôle avec des charentaises, l’ennui est fatal. Dès le début, je me suis fixée l’objectif de ne jamais me relâcher, de toujours trouver des zones d’interprétation nouvelles. Au bout du compte, ce rôle pervers, manipulateur et intéressé me ressemble énormément avec tout ce que j’ai tenté de lui donner. Cette expérience – plus de cent épisodes quand même – m’a apportée une adaptabilité face à n’importe quel texte et une plus grande aisance devant la caméra.

J’ai eu la chance de vous observer sur le plateau. Vous arriviez avec votre humour, votre dérision. Cette légèreté suppose, comme les pattes du cygne qui ne cessent de s’activer, un travail constant, invisible. Avez-vous rencontré des avocats pour aborder votre personnage ?
Oui, j’ai assisté à de nombreux procès d’assise et de conditionnel, ce qui n’est pas la même chose… Et ma conclusion est que mes partenaires et moi étions beaucoup plus brillants que certains avocats que j’ai rencontrés. Ils sont si mauvais acteurs que leurs clients ont du souci à se faire !

Neuf ans dans une même série, c’est comme une plage de vie au sein d’une famille. Avocats et associés s’est arrêté cette année. Comment le vivez-vous ?
Honnêtement, je l’ai très bien pris car je ne fais pas ce métier pour le confort. Cela dit, je n’ai jamais eu envie d’abandonner la série. Quand Alain Clerc, le producteur, nous a annoncés la fin, j’étais heureuse car j’étais allée au bout de l’aventure sans quitter le navire.

Avec Frédéric Gorny, vous formiez un couple parfait. Votre jeu ressemblait à de la dentelle. Vous étiez comme un frère et une sœur de comédie. Un peu des enfants terribles à la Cocteau…
C’est vrai qu’on fonctionnait bien tous les deux. Gladys Dupré a été un beau cadeau. J’ai pris beaucoup de plaisir à l’incarner. Jamais, je n’ai souhaité l’humaniser. J’ai toujours assumé sa méchanceté, et c’était jubilatoire à interpréter ! Je ne crois pas qu’il faut essayer de sauver un personnage antipathique. Au contraire, c’est en allant à fond dans ses travers que naît son humanité. Autant j’aime la psychologie dans la vie, autant je la fuis dans la fiction. Les acteurs qui me touchent sont à mes yeux des animaux. Ils ont bien ruminé leur rôle avant et arrivent sur le plateau sans volonté d’explication. Dans un scénario bien écrit, un acteur n’a pas à justifier son interprétation.

En 2004, avec la comédienne Nathalie Levy-Lang, vous écrivez votre première pièce : Parce que ça vole. D’où vient ce désir d’écrire ?…
À l’époque, Nathalie est une amie que je vois souvent. Nous buvons des litres de thé, nous refaisons le monde. On se plaint des propositions qui ne viennent pas. Un soir, lors d’un dîner, mon mari nous lance : « Au lieu de vous lamenter, écrivez donc les filles ! ». Nous avons cessé de refaire le monde, et nous nous sommes mises au travail.

Nathalie Levy-Lang


Comment fonctionne votre tandem ?

Aucune de nous deux n’a de recette. Avec Nathalie, nous n’avons pas d’ego d’auteur, ni de susceptibilité mal placée. Nous n’acceptons que les idées qui séduisent les deux. Tous les mots de nos pièces sont validés par les deux. Totalement.

Et vous ne lâchez pas l’écriture pendant deux ans. Je crois à la chance du débutant. Parce que ça vole est représenté immédiatement au théâtre de La Pépinière Opéra. Qu’est-ce que l’on ressent lorsque l’on joue son propre texte sur scène ?
Une émotion incroyable d’autant plus que c’est une comédie. Les rires du public, les acteurs qui s’approprient les personnages que nous avons construits pendant deux ans dans nos têtes. Quant le tout fonctionne, c’est l’extase !

Et vous avez écrit depuis une seconde pièce Inséparables ! qui ne saurait tarder à voir le jour sur une scène parisienne.
Plus un court-métrage et nous commençons l’écriture d’un long avec Nathalie. Je n’envisage pas de ne plus écrire. Attendre uniquement les propositions, c’est terminé.

Votre actualité est double. Hello Goodbye de Graham Guit et le très beau moyen-métrage de Cristel Delahaye Le bruit défendu.
Si j’ai accepté de tourner dans Hello Goodbye, ce n’est pas pour la minceur très mince de mon rôle, mais pour le plaisir de découvrir Tel-Aviv que je ne connaissais pas. Et, en plus, en compagnie de Gérard Depardieu et de Fanny Ardant. Qui refuserait cela ?…

Gérard Depardieu offre un contraste magique entre la masse pantagruélique de son corps et son timbre de voix si léger, si chantant, quasi féminin…
C’est un Barbapapa sur jambes. Un poète. Ce fut un rendez-vous très agréable. Mais vous savez, je ne suis pas du tout groupie. Donc, je ne suis pas impressionnée par les stars au point de perdre mes moyens.

Aucune actrice ne vous a fait rêver enfant ?
Si, Romy Schneider… Pas dans Sissi, mais dans L’important c’est d’aimer… Mais, seule l’humanité me bluffe et m’impressionne chez les gens que je rencontre. Acteur ou pas. Jean-Pierre Cassel, mon partenaire dans Double emploi de Bruno Carrière m’avait profondément touchée par sa générosité, son humour et sa gentillesse. Quelle élégance !

Le bruit défendu de Christel Delahaye séduit par sa nuance. Son propos est d’une grande ambition : rendre palpable l’indicible et il y parvient parfaitement. Vous êtes de tous les plans dans ce moyen-métrage qui court les festivals. Il y a des scènes de silence que vous interprétez avec une belle subtilité. Je me souviens de la dernière séquence d’un épisode d’Avocats et associés. Vous étiez assise dans un restaurant. La caméra vous filmait. S’attardait sur le mouvement de vos mains, l’émotion changeante de votre regard. Il est de plus en plus rare au cinéma, et surtout à la télévision, de se nourrir de ces instants sans dialogues, sans musique intempestive, juste suspendus au-dessus du vide…
Le tournage du Bruit défendu a été magique. Christel est d’une grande sensibilité et, d’emblée, son scénario m’a séduite parce qu’il était très bien écrit. Sa direction d’action pousse vers le « ne rien faire ». Je n’aime pas quand je vois « faire » un acteur. Cristel dirige ses comédiens comme un musicien. Il ne parle pas d’intention, mais souhaite juste entendre la musicalité qu’il a en tête. Une musicalité naturaliste à outrance. J’ai adoré ce travail instinctif, presque animal.

Le bruit défendu de Christel Delahaye



Si je possédais une baguette magique et que je pouvais exaucer vos souhaits, quelle expérience de comédie vous séduirait particulièrement ?

Tourner avec Jacques Audiard ou… Lars Von Trier ! C’est ça, j’adorerais tourner dans l’esprit du dogme. Chaque comédien serait logé à la même enseigne, sans hiérarchie. On serait en plein dans le travail, la matière. Un peu comme au théâtre pendant les répétitions… Voilà, œuvrer ensemble dans un esprit artisanal, artistiquement satisfaisant.
(Dans cet élan passionné, Muriel Combeau pudique se ravise. Son oeil se teinte de dérision, et elle lance en riant.)
Sinon… Je veux qu’on me désire le plus possible, et après je choisis !

Vous pouvez retrouver cet article et cet entretien
sur www.ecrannoir.fr