.

Le bouledogue anglais est un genre de chien divinement hideux tout droit sorti du Moyen Age. Clébard à la du Guesclin, il ne cesse de ronfler, de péter et de bouffer vos pantoufles, vos slips, vos pieds de chaise à longueur de journée. Pour se faire pardonner, ce cochon à poil ras affiche une gueule ridée, un museau écrasé et trimballe un éternel regard de dépressif. Tout ce que j’aime !

 

Si, comme Nathalie (Mathilde Seigner), un Jean-Pierre (Alain Chabat) venait à m’offrir un gros bébé comme ça, je tomberais raide dingue. Me ferait appeler papa sur-le-champ. Peut-être même maman dans mes meilleurs jours !

 

 

 

 

 

 

C’est la seule chose à retenir de Trésor : les bouledogues. Malgré le triste contexte de cette comédie canine que l’on aurait aimé aimer ; il faut se rendre à l’évidence, le presque dernier opus de Claude Berri est consternant.

 

Mathilde Seigner, la grande gueule du cinéma français qui n’a toujours pas trouvé la distance entre sa “nature très naturelle” et l’interprétation de ses personnages, la met en veilleuse pour une fois. Ça nous fait des vacances ? Même pas parce qu’il aurait fallu qu’elle aboie en chœur avec son cleps pour donner un peu de vie à ce pachyderme de film. Alain Chabat, « dogacteur » depuis Didier, fait dans le minimum syndical et – finesse d’esprit oblige – s’en tire un peu mieux que sa partenaire.

 

 

 

 

Quant à François Dupeyron, si bien parti avec Drôle d’endroit pour une rencontre, œuvre crépusculaire et hors norme de la fin des eighties, il n’en finit pas depuis de s’essouffler. Ce coup-là, il échoue comme une baleine agonisante sur la plage d’Ostende. À l’image de Nathalie et de Jean-Pierre, couple encore frais, mais au teint vert et aux poches sous les yeux perpétuellement gonflées.

 

 

Revoir Drôle d’endroit pour une rencontre

 

 

 

 

Si encore les protagonistes avaient eu la soixantaine ! Si leur progéniture s’était envolée depuis belle lurette du logis familial et « avait leur vie à eux » comme on dit ! Si Trésor se retrouvait alors en pleine crise de seniors ! Ah, Deneuve ! Ah, Dussolier ! Ah, les mêmes chiens ! Quel film cela aurait été !…

 

Enfin bref, je parle, je parle, mais c’est pas tout ça, faut que j’y aille. Maman te sort, mon amour ! Ben quoi ?… Papa, maman, c’est du pareil au même tout ça. De toute façon, même si j’ai pas de Jean-Pierre, j’ai mon gros Trésor à moi. Allez viens mon bébé, on va voir autre chose au cinéma !

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

BLOW OUT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Un film que l’on entend mal est un film qui se voit mal. » Pierre Lenoir, ingénieur du son, huit fois nommé et deux fois primé aux César, serait le dernier à renier cette phrase de François Truffaut. Pour évoquer le parcours de cet artiste nommé Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres en 2008, un décor à son image s’imposait. Un bar de grand hôtel parisien, discret, raffiné, non ostentatoire.

 

 

 

Pendant la conversation, des portraits d’acteurs se sont calqués sur les filmographies de grands cinéastes : Catherine Deneuve, Satyajit Ray, Jean Rochefort, Alain Resnais… Parfois, à l’évocation de Romy Schneider, Claude Sautet et de Trésor, le dernier tournage de Claude Berri, la voix de mon invité s’est étranglée, ses mains se sont animées avant que sa pudeur ne reprenne ses droits. Mais chut, ouvrez grand vos oreilles. Pierre Lenoir va parler…

 

 

 

Pierre Lenoir par Fabien Lemaire

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce que Pierre Lenoir, petit garçon, rêve de devenir ingénieur du son ?

 

Le petit garçon, il rêve d’abord de cinéma. De dix ans jusqu’à l’adolescence, je vois beaucoup de films. Ce qui me fascine en premier lieu, ce sont les comédiens. Quant aux bandes-son de l’époque, leur qualité était franchement médiocre. Elles ne cessaient de crachouiller et ne retenaient pas vraiment mon attention. Les films en version originale n’étaient pas légion. Donc, mes souvenirs me rattachent principalement aux productions françaises de l’époque.

 

 

 

Quelles sont alors les stars qui vous font rêver ?

 

Incontestablement, Catherine Deneuve. En 1969, j’ai eu la chance de tourner un documentaire de Jean Baronnet pendant un séjour hollywoodien de Catherine. Elle tournait Folies d’Avril de Stuart Rosenberg. Nous avions l’interdiction de pénétrer sur le plateau. Nous l’avons donc filmée, déambulant dans les rues de Los Angeles.

 

Elle venait de perdre sa soeur Françoise Dorléac, et semblait quelque peu désorientée. J’ai retrouvé Catherine beaucoup plus tard sur Le héros de la famille de Thierry Klifa. Elle m’a reparlé du documentaire et de Jean Baronnet avec beaucoup de précision. C’est à mes yeux une très belle rencontre.

 

 

Catherine Deneuve

de Folies d’avril au Héros de la famille

 

 

 

Vue par Richard Avedon & Luc Roux

 

 

 

 

Chanceux ! (rires) Revenons à un sujet un peu moins glamour : vos études…

 

Après mon bac en poche, je me dirige pour faire plaisir à mon papa vers la préparation aux Grandes Ecoles dans le but de devenir ingénieur. Je suis passionné par l’optique et l’électricité. Dès l’âge de 13 ans, je réalise mes premiers films amateurs avec des camarades de classe. J’achète un objectif cinémascope que j’adapte sur ma petite caméra Paillard. Je tourne donc en 8 millimètres… Scope. Un exploit !

 

 

 

Et comment passez-vous de l’image au son ?

 

Au bout de la troisième année, les études de prépa ont raison de moi. Je vais alors voir du côté de l’Ecole Louis-Lumière. Trois sections s’offrent à moi : le cinéma, la photographie et le son. Bien sûr, mon attirance me tourne vers le cinéma, mais le niveau requis pour intégrer cette partie est bac + 1. Ai-je fait tout ça pour en arriver là ?… Non ! Je préfère opter pour le son, plus adapté à ma qualification.

 

 

 

Et vous rejoignez une corporation des plus brillantes…

 

Entre 1964 et 66, on peut croiser dans les couloirs de l’Ecole Louis-Lumière :

 

– au son, Pierre Gamet (4 Césars pour Clair de femme de Costa Gavras, Tous les matins du monde de Alain Corneau, Cyrano de Bergerac et Le Hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau) ;

 

– à la lumière, Philippe Rousselot (1 Oscar pour Et au milieu coule une rivière de Robert Redford ; 3 Césars pour Diva de Jean-Jacques Beineix, Thérèse de Alain Cavalier et La Reine Margot de Patrice Chéreau) ;

 

– au montage, Noëlle Boisson (4 Césars pour Qu’est-ce qui fait courir David ? de Alain Chouraqui, L’Ours et Deux Frères de Jean-Jacques Annaud).

 

 

 

Quel palmarès !

 

N’est-ce pas ?… Sans compter les chefs opérateur Edouardo Serra et Jean- François Robin ainsi que les ingénieurs du son Alain Lachassagne et Bernard Bats… Nous rêvions tous de cinéma et nous en avons tous fait. Après l’apprentissage de la technique à l’Ecole Louis-Lumière, je suis entré à l’IDHEC, aujourd’hui rebaptisé La Femis.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Baisers volés dans le monde entier

 

 

 

 

 

Vous vous souvenez de votre premier tournage ?

 

Quelques mois après ma sortie de l’IDHEC, une amie m’apprend que François Truffaut tourne Baisers volés dans les locaux de l’Ecole Louis-Lumière. Je me rends sur le plateau. Me fais tout petit, mais parviens quand même à entrer en contact avec l’ingénieur du son et son perchman. Celui-ci m’apprend que Jean Baronnet recherche un assistant pour le premier film d’un certain Philippe Garrel, alors inconnu. Je lui donne mes coordonnées. Trois jours plus tard, Jean Baronnet m’appelle. Je deviens son assistant, et nous tournons deux films coup sur coup.

 

 

 

Jean Baronnet a été ingénieur du son avant de devenir réalisateur. Au son, on lui doit entre autres Manon 70 de Jean Aurel et surtout Un homme et une femme de Claude Lelouch.

 

Début 1969, Jean décide d’arrêter le son pour passer à la réalisation. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec Catherine Deneuve aux Etats-Unis. Puis, de fil en aiguille, j’ai enchaîné les films.

 

 

 

François Truffaut vous a porté bonheur !

 

Oui, à quoi tient la chance ?…

 

 

 

A une visite impromptue sur un tournage où l’on vole des baisers ! (rires) Quelle est la qualité obligatoire d’un ingénieur du son sur un plateau de cinéma ?

 

La discrétion, je pense. L’ingénieur du son est souvent un peu en retrait sur un plateau. Il peut profiter du combo, le moniteur de contrôle, pour voir si la séquence est bonne. Cela lui permet de se rapprocher de l’équipe formée par le réalisateur et la scripte. Quand c’est Claude Chabrol et sa femme Aurore, cette promiscuité est drôle et très sympathique. Cela dit, je préfère toujours assister à une prise en direct…

 

 

Pierre Lenoir par Fabien Lemaire

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi ?

 

Par exemple, si un comédien passe d’une pièce à une autre, il faut au préalable placer plusieurs micros sur son trajet pour enregistrer la totalité de son parcours. Se référer alors uniquement à l’écran de contrôle peut être trompeur car il ne traduit pas la réalité des distances en fonction des focales choisies.

 

 

 

Vous êtes comme certains comédiens qui déplorent que l’équipe technique s’agglutine derrière le combo pendant une prise. Il leur manquent les premiers spectateurs autour d’eux. Cette énergie physique et collective qui aide les comédiens à se jeter dans l’arène au moment du mot « action » ou « moteur »…

 

Absolument. D’une façon intuitive, on perçoit très vite quand un comédien est en difficulté pendant une scène, s’il va avoir des problèmes avec son texte ou un trou de mémoire. Cette interaction d’énergies est passionnante.

 

 

 

Comment répétez-vous la scène avec un comédien pour que le son d’une prise soit correct ?

 

Certains réalisateurs, pour ne pas gaspiller de la pellicule et être le plus précis possible, optent pour des répétitions comme au théâtre. D’autres metteurs en scène préfèrent tourner à l’instinct, sans préparation particulière. L’avènement du numérique favorise ce style de démarche. Avec mon fidèle perchman Denis Carquin…

 

 

 

Vous êtes ensemble, si j’ose dire, depuis Le retour à la bien-aimée de Jean-François Adam en 1978…

 

Oui, un vieux couple de cinéma ! (rires) Avec lui, nous nous positionnons, lors de la préparation lumière de la prise, pour rendre la perche invisible. Nous réglons aussi le nombre de micros en fonction des déplacements des acteurs et de la caméra. En cas de besoin, nous dissimulons des micros HF dans les costumes des acteurs en prenant bien soin d’éviter tout frottement.

 

Si un acteur est à gauche et son partenaire à droite dans un plan, il faut savoir orienter le son en posant précisément les micros. Si le metteur en scène change les positions de la scène, il faut alors déplacer les micros. Quand le tournage se fait à deux caméras, cela devient vite un imbroglio. Des difficultés sonores surgissent aussi lorsque les champs contre-champs sont en plan large et en plan serré. Bref, vous l’aurez compris, je suis loin d’être un fervent défenseur de la réalisation à deux caméras.

 

 

L’Isabelle Huppert du Retour à la bien aimée par Douglas Kirkland

 

 

 

 

 

 

 

Un acteur au cinéma, c’est un corps, un visage, mais c’est aussi une voix. Avez-vous un rapport privilégié avec le comédien comme le maquilleur, l’habilleur ou le chef opérateur qui concourent tous à le préparer pour entrer dans son personnage ?…

 

C’est Denis Carquin qui pose les micros. Moi, j’écoute en même temps le rendudu son. Pour obtenir le meilleur résultat sans gêner le comédien, il faut être de mèche avec l’habilleuse. Elle doit trouver le bon emplacement du micro et convaincre l’acteur(trice) que sa présence ne le (la) grossira pas à l’écran. C’est pourquoi ce sont souvent les habilleuses qui installent le micro sur les costumes des comédiennes.

 

 

 

Cette multitude de détails que vous décrivez prouve le côté artisanal du cinéma. La « débrouille » de l’instant présent paradoxalement aux millions investis dans une production audiovisuelle. Vous participez aux essayages des costumes afin d’anticiper des problèmes sonores lors du tournage ?

 

Oui, cela est arrivé. Notamment avec Claude Sautet qui attachait une importance capitale au son car il désirait post-synchroniser le moins possible.

 

Lors du tournage d’un Mauvais fils avec Patrick Dewaere, j’ai participé au casting de vêtements aux côtés de Corinne Jorry, la célèbre chef costumière. Dans de nombreuses séquences du film, Patrick porte un imperméable. Un trench avait retenu l’attention de Claude, mais nous ne l’avons pas choisi parce que l’étoffe faisait trop de bruit lors des déplacements. Il m’est aussi arrivé de collaborer en amont de films historiques avec mon ami et costumier Christian Gasc. De toute façon, le son doit s’adapter au costume et non le contraire.

 

 

Salut l’artiste !

Patrick Dewaere dans Un mauvais fils

 

 

 

 

 

 

Une autre qualité de l’ingénieur du son me semble être la faculté d’adaptation…

 

Si un ingénieur du son croit qu’il peut travailler seul, il va droit dans le mur… du son ! (rires) Une autre phase importante de préparation est la lecture du scénario avec le premier assistant réalisateur ainsi que les repérages. Pour des raisons économiques, il arrive parfois qu’un extérieur ou un intérieur bruyant soit choisi alors que le metteur en scène désire le calme à cet endroit. Il faut s’adapter et retirer, dans la mesure du possible, toute nuisance sonore.

 

Pendant le tournage, il faut aussi bien écouter les caméras car certaines sont plus bruyantes que d’autres, que veiller aux grincements des parquets et des travellings ainsi qu’aux sifflements des projecteurs. Le travail avec les machinistes et l’équipe électrique est alors capital car mieux vaut éliminer un maximum de nuisances sonores pendant les prises de vue afin d’éviter un gros travail au mixage ; étape de post-production très coûteuse.

 

 

 

Deux autres qualités pour devenir un bon ingénieur du son: la méticulosité et la concentration…

 

Oui, posséder une bonne oreille parmi le brouhaha de la préparation d’une prise pour prévenir les nuisances sonores. Je suis avant tout attaché à l’intelligibilité des dialogues dits par les comédiens, même lorsqu’ils parlent vite. Catherine Deneuve a un débit vertigineux, mais sa prononciation est claire, parfaite.

 

J’ai eu plus de mal avec Nicole Garcia à ses débuts sur le Papillon sur l’épaule de Jacques Deray. Elle était consciente d’avaler les syllabes, mais elle avait beaucoup de mal à se corriger.

 

Quand ce problème se pose, il faut savoir en parler délicatement au réalisateur. Ensuite, il est plus ou moins hardi pour le dire à l’acteur sans froisser sa susceptibilité et freiner sa spontanéité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Basses + débits rapides =

 

Garcia, Marielle, Noiret & Deneuve

 

 

 

 

 

Existe-t-il des voix qui ne s’accordent pas entre partenaires? C’est-à-dire des basses, des mediums, des aiguës qui se contrarient ?

 

Certaines voix de comédiens sont vraiment magnifiques. Par exemple, celle de Jean-Pierre Marielle et celle de Philippe Noiret avec qui j’ai tourné deux fois dans Tango de Patrice Leconte et Le pique-nique de Lili Kreutz de Didier Martiny. Tous deux possèdent des basses magnifiques teintées de médium. S’ils se retrouvent face à un ou une partenaire qui chuchote, cela pose un problème certain. Il est alors impossible de n’utiliser que la perche pour recueillir le son car le chuchotement est écrasé. La pause de micros d’appoint devient essentielle.

 

Sur Nelly et Monsieur Arnaud de Claude Sautet, Emmanuelle Béart avait quelque fois besoin d’un micro d’appoint face à Michel Serrault. Pendant le tournage d’Un coeur en hiver, Emmanuelle était même rassurée par la présence de ce micro. Pourtant, je ne l’utilisais pas constamment.

 

 

 

Et les accents, peuvent-ils vous poser des problèmes ?… Vous avez tourné avec des comédiennes d’origine étrangère: Carole Laure dans Croque la vie de Jean-Charles Tachella, Victoria Abril dans Gazon maudit de Josiane Balasko, Jane Birkin dans On connaît la chanson d’ Alain Resnais…

 

Carole est une personne très sympathique qui articule parfaitement. Elle perd son accent quand elle tourne en France et le retrouve illico au Canada. Aucun problème particulier n’est survenu non plus avec Victoria. Quant à Jane, lors de son apparition dans le Resnais, elle chante en play-back Quoi, une de ses propres chansons. Comme sa fille Charlotte Gainsbourg, elle possède une voix sur le souffle avec des aiguës. Le souffle n’est pas le meilleur ami du son. Voilà une autre difficulté à apprivoiser.

 

 

 

 

 

 

Croque la vie

de Jean-Charles Tacchella

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gazon maudit

de Josiane Balasko

 

 

 

 

 

On connaît la chanson

de Alain Resnais

 

 

 

 

 

 

 

Nelly et Monsieur Arnaud

 

de Claude Sautet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au fil de votre carrière, vous avez croisé de grands cinéastes avec lesquels vous avez travaillé plusieurs fois. Parlons d’abord de Claude Sautet…

 

J’ai connu Claude par l’intermédiaire de Jean Boffety, le chef opérateur d’Un papillon sur l’épaule de Jacques Deray. C’est un film dont je suis très content car Barcelone y vit avec tout son vacarme. Cette ville très bruyante m’a tant fasciné que je suis parti à la pêche aux sons au fil des rues. Barcelone est l’un des personnages principaux du film.

 

 

 

Vous avez tourné six films avec Claude Sautet : Une histoire simple, Un mauvais fils, Garçon !, Quelques jours avec moi, Un coeur en hiver et Nelly et Monsieur Arnaud …

 

Pendant le tournage d‘Un papillon sur l’épaule, Jean Boffety a parlé de moi à Claude Sautet. La première fois que j’ai rencontré ce dernier, c’était dans un café rue Lincoln. Un vrai décor à la Sautet ! Je ne comprenais pas un mot de ce qu’il me disait. La vitesse de son débit était incroyable. Il a conclu le rendez-vous par : « Tu fais le film ! ».

 

Je n’avais encore jamais travaillé avec des stars sur un long-métrage de fiction, et je me suis retrouvé avec Romy Schneider. Quel privilège ! D’emblée, elle m’a appelé « chef ». A la fin des prises, elle me demandait souvent si elle avait bien parlé, si son accent n’était pas trop appuyé. Romy ne parlait pas très fort, mais articulait très nettement. Notre rencontre fut une véritable révélation pour moi. Sur le dernier tournage choral de Claude, elle était un véritable soleil ! Lorsque j’ai rencontré sa fille Sarah Biasini, nous avons beaucoup évoqué sa mère…

 

 

 

La belle histoire : Claude Sautet & Romy Schneider

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quel était votre rapport avec Claude Sautet ?

 

C’était quelqu’un d’une grande exigence. J’ai beaucoup appris à ses côtés. Imaginons un plan avec deux comédiens au premier plan. En arrière plan, deux cents mètres plus loin, passe un train. Lors du mixage, Claude voulait absolument que le spectateur entende ce train dans le lointain.

 

 

 

Claude Sautet & Michel Serrault

 

 

 

 

 

C’est l’équivalent d’un peintre avec sa toile. Il a besoin d’apposer une touche. Même si l’oeil ne la voit pas immédiatement, son existence concourt à l’équilibre de l’oeuvre…

 

Tout à fait. Cette perception est nécessaire et importante pour la qualité du film. Cela me rappelle une séquence d’une grande violence entre Patrick Dewaere et Yves Robert, fils et père dans Un mauvais fils. Pour les versions internationales du film, il fallait remixer certains éléments du son. Ni une ni deux, Claude Sautet a enfilé le trench de Patrick Deweare. Il m’a lancé : « Coco, on y va ! ».

 

Pendant une minute, la pluie est tombée sur sa tête nue. J’ai enregistré les frottements de l’étoffe mêlés aux trombes d’eau, beaucoup plus fortes que dans la réalité. On ne peut être qu’admiratif devant un tel exemple. Quel grand cinéaste!

 

 

 

Vous obtenez votre premier César avec Monsieur Hire de Patrice Leconte…

 

Je ne peux malheureusement le recevoir car je tourne à Calcutta Les Branches de l’arbre sous la direction de Satyajit Ray. Je suis très heureux d’avoir obtenu cette récompense pour ce film-là. Patrice Leconte tenait la caméra et demeurait ainsi au plus près de ses acteurs. Michel Blanc compose à la perfection un personnage dérangeant. Quant à Sandrine Bonnaire, je trouve qu’elle a rarement été aussi bien dirigée.

 

 

Le Nosferatu de Patrice Leconte :

Monsieur Hire alias Michel Blanc

 

 

 

 

 

 

C’est votre homonyme Denis Lenoir qui est le directeur de la photographie. Il teste un procédé visuel qui efface le blanchiment de l’image. Le résultat réfère aux films expressionnistes allemands. D’une certaine façon, Michel Blanc à sa fenêtre, le visage pâle et bouffi, oscille entre Max Schreck dans le Nosferatu de Murnau et Peter Lorre dans M le maudit de Fritz Lang. Vous tournez deux autres films avec Patrice Leconte : Le mari de la coiffeuse et Tango

 

Sur Le mari de la coiffeuse, le tournage était très gai. Avec l’esprit qui le caractérise, Patrice Leconte excellait en calembours. C’est un metteur en scène moins intrusif que Claude Sautet. Il n’intervient que lorsqu’un problème survient.

 

 

 

 

Il est impossible de ne pas évoquer Jean Rochefort…

 

Voilà un autre artiste que j’admire beaucoup. Sur Le mari de la coiffeuse, les rapports entre Jean et Anna Galiena n’étaient pas faciles. Cela se ressent dans le film. A la lecture du scénario, il se dégageait une sensualité torride qui n’existe pas à l’image. Cela dit, Jean est merveilleux comme toujours. Il contient en lui une sorte de folie. A chaque film, cette fantaisie apparaît sans prévenir, comme par magie. Dans le Leconte, c’est lorsqu’il exécute sa fameuse danse orientale avec une grâce inouïe.

 

 

 

Jean Rochefort et Pierre Richard sont deux comédiens burlesques. Espèce d’acteur plutôt rare en France…

 

L’élasticité extrême du corps de Pierre suppose un travail. La fantaisie de Rochefort, elle, me semble totalement innée.

 

 

 

Pierre Richard est « keatonien ». Il tord son enveloppe face à l’adversité du monde. Jean Rochefort, plus « chapelinien », improvise en état de crise.

 

Comme avec Catherine Deneuve, la rencontre avec Jean Rochefort a été à la hauteur de mon admiration.

 

 

Trois belles personnes pour Pierre Lenoir :

Deneuve, Rochefort & Carmet

 


 

 

 

Un second césar arrive pour On connaît la chanson d’Alain Resnais…

 

Je tourne d’abord sous sa direction La vie est un roman, un film au sujet ardu qui n’a pas été compris lors de sa sortie malgré son casting prodigieux : Vittorio Gassman, Fanny Ardant, André Dussolier, Sabine Azéma, Pierre Arditi… Resnais est un homme très impressionnant que je n’ai jamais tutoyé. Sa stature et sa douceur imposent le respect. Je le revois apporter à mon domicile les pistes musicales de La vie est un roman. Dès qu’il est entré à la maison, mon épouse a été impressionnée. C’est un artiste d’une très grande minutie qui vous associe dans la préparation de ses films au moins deux mois avant le début du tournage. Sur le plateau, il est toujours accompagné de Sylvette Baudrot, sa scripte fidèle…

 

 

 

 

Grande figure du cinéma français qui compte une centaine de films à son actif. Elle a collaboré notamment avec Hitchcock, Polanski, Besson, Malle, Robbe-Grillet… On connaît la chanson, dont les dialogues sont ponctués de chansons originales, est un cadeau en or pour un ingénieur du son…

 

Il n’y a que 17 minutes chantées sur les 1 heures 45 minutes du film. Ces apartés sont extrêmement courts. La difficulté était de parvenir à lancer au bon moment les play-back pendant les dialogues.

 

Lambert Wilson, acteur et chanteur, voulait des bip pour annoncer les bandes. Ses collègues, eux, n’en désiraient pas. Lors des séquences avec Lambert, il fallait donc lancer deux CD : celui avec et celui sans bip. Sur le plateau, trois techniciens s’occupaient du son. Ma collaboration avec Jean-Pierre Bacri a été formidable. Je l’ai chaleureusement remercié lors de ma remise de prix. C’est très gratifiant de recevoir une récompense pour une oeuvre si originale.

 

 

Alain Resnais

 

 

 

 

 

Vous tournez huit films avec Pascal Thomas dont Les Zozos, Pleure pas la bouche pleine, Le Chaud lapin, Le grand appartement, Mon petit doigt m’a dit, L’heure zéro, Le crime est notre affaire…

 

J’ai assisté au premier tour de manivelle de Pascal sur un court-métrage intitulé Le Poème de l’élève Mikovsky. Film produit par Claude Berri et monté par sa soeur, Arlette Langmann…

 

 

 

Elle deviendra la scénariste entre autres de A nos amours de Maurice Pialat et Le vent de la nuit de Philippe Garrel. A sa sortie, Le Poème de l’élève Mikovsky est programmé avant Le Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci…

 

Après trois jours et trois nuits de tournage aux studios d’Epinay, je termine à six heures du matin What a flash ! de Jean-Michel Barjol. A neuf heures, je suis sur le plateau du Poème de l’élève Mikovsky à Montargis !

 

 

 

Et après, on dira que les artistes sont des dilettantes !

 

Tu parles ! (rires) Les zozos est l’un de mes plus beaux souvenirs de tournage. Les plans peuvent sembler un peu foutraques, mais le film dégage un charme inaltérable. Dans Pleure pas la bouche pleine, je fais encore une très belle rencontre en la personne de Jean Carmet. Comme Deneuve et Rochefort, il fait partie de mon panthéon. Je l’ai vu dans de nombreux films. Soudain, il s’incarne devant moi « en direct » !

 

 

 

Vous le voyez « en vrai » comme disent les enfants !

 

Exactement. Pleure pas la bouche pleine se déroule dans le Poitou, non loin de Saint-Nicolas de Bourgueil. Jean et moi aimons les bons vins rouges. Des liens se créent, et le tournage est aussi intense que sympathique. Comme dans Les zozos, je m’investis énormément. Je deviens un ingénieur du son « ethnologique ». Je pars, le dimanche et pendant la nuit, traquer les chants d’oiseaux avec mon appareillage en bandoulière pesant neuf kilos. Escapades dont je garde le meilleur souvenir !

 

 

 

Pierre Lenoir par Fabien Lemaire

 

 

 

 

Depuis 2005, Pascal Thomas effectue un retour en force à la Agatha Christie avec un couple phare : Catherine Frot et André Dussolier…

 

Catherine Frot est une femme de tempérament réservé. Sur Mon petit doigt m’a dit, nous avions des rapports professionnels, mais sans plus. Nous nous sommes vraiment rencontrés sur Le crime est notre affaire. A l’issue d’une projection privée du film, Catherine m’a téléphoné pour me féliciter de mon travail. Cela m’a beaucoup touché. Quant à André, je l’ai rencontré la première fois dans La vie est un roman de Resnais où il a un rôle… muet ! Nous nous sommes régulièrement retrouvés au fil des tournages. C’est un homme que j’aime beaucoup, un acteur d’une telle finesse.

 

 

 

Tourner régulièrement avec un même réalisateur doit faciliter la relation dans le travail…

 

C’est à double tranchant. Au bout de quatre premiers films avec Pascal Thomas, je me suis un peu éloigné de lui parce que j’avais l’impression d’avoir fait le tour de son univers. Une lassitude peut s’instaurer au sein d’une collaboration suivie. Après Pascal, j’ai accordé ma fidélité à Jean-Charles Tachella avec qui j’ai tourné Le pays bleu, Croque la vie, Escalier C, Travelling avant sans oublier Cousin cousine qui a fait le tour du monde !

 

 

 

C’est en voyant ce film que Woody Allen a eu l’idée d’employer Marie-Christine Barrault dans Stardust memories.

 

Oui, car Marie-Christine a été nommée aux Oscars pour son interprétation dans Cousin cousine ! Pourtant, c’est un film auquel personne ne croyait. Il faut dire qu’il est d’une méchanceté profonde…

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comédies !

 

 

 

 

 

Et terriblement français aussi. J’adore Marie-France Pisier, hystérique en mal d’amour. Guy Marchand est ombrageux à souhait et Victor Lanoux si sexy quand, nu, il dessine des fleurs sur le corps de Marie-Christine Barrault !

 

Avec Le pays bleu, Jean-Charles Tachella a été plus doux avec l’étude du genre humain. Ce film où brille Brigitte Fossey se déroule dans la région de prédilection de Jean-Charles : le Lubéron. Comme dans le Poitou avec Pascal Thomas, j’aime m’expatrier et pouvoir enregistrer les sons particuliers à une région. Ça me change de Paris ! (rires)

 

 

 

Les films de Tachella possèdent tous une élégance un peu désabusée…

 

Plus qu’un réalisateur au sens technique du terme, c’est un auteur dialoguiste avant tout. Ses plans fixes rassemblent les comédiens toujours au centre. Ses cadrages sont symétriques. A ce titre, son film Travelling avant est un très bel hommage au septième art. C’est un homme très simple avec qui j’ai eu des rapports libres et faciles. La preuve, je l’ai invité à mon mariage !

 

 

 

Escalier C avec Robin Renucci est aussi l’un de ses plus grands succès…

 

Robin Renucci ! Voilà encore un acteur qui possède une voix merveilleuse et une articulation parfaite. Un vrai régal pour les oreilles de l’ingénieur du son et celles du spectateur.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De Tachella en passant par Renucci jusqu’à Balasko…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Josiane Balasko vous engage pour trois films : Ma vie est un enfer, Gazon maudit et Un grand cri d’amour…

 

J’ai rencontré Josiane sur Monsieur papa de Philippe Monnier, un réalisateur adorable qui travaille à présent à la télévision. Balasko y avait un tout petit rôle et… son ancien nez ! (rires) Au fil de son ascension de comédienne, je l’ai croisée sur différents tournages.

 

 

 

 

Hormis sa fin téléphonée et peu crédible, Gazon maudit est un modèle de comédie…

 

C’est un film absolument remarquable avec un sujet sacrément gonflé pour l’époque. Josiane a eu la chance d’être produite par Claude Berri qui l’a soutenue pendant ce projet ambitieux. Un tournage avec Josiane, c’est toujours un peu bordélique, dans le sens créatif du terme.

 

Quand elle doit tourner un plan d’une séquence, elle filme toute la scène à chaque fois ! Peut-être a-t-elle besoin de cette vision d’ensemble parce qu’elle vient du théâtre ?… Cette démarche déconcerte quelque peu l’équipe car elle fait perdre du temps et n’économise pas forcément la pellicule.

 

Sur Gazon maudit, il lui est arrivé de se doubler dans certaines séquences car elle trouvait son jeu imparfait à cause de sa responsabilité de réalisatrice. Etre à la fois derrière et devant la caméra est une entreprise colossale. Gazon maudit est un excellent souvenir de tournage.

 

 

 

Qui dit Josiane Balasko dit Le père Noël est une ordure…

 

Quand Jean-Marie Poiré m’appelle pour son film, je suis déjà engagé pour Garçon ! de Claude Sautet. Je décline à regret ce projet déjanté. Par chance, Garçon ! est repoussé. In extremis, je me retrouve sur le tournage du Père noël est une ordure. Pour obtenir les différentes autorisations de tournage, le film se fait d’abord appeler Les Bronzés fêtent Noël. Pour pouvoir tourner les fameuses séquences de Gérard Jugnot en Père Noël devant les Galeries Lafayettes illuminées, il valait mieux… (rires) J’ai gardé un clap avec le premier titre du film !

 

 

Le tableau offert à Thérèse (Anémone)

 

 

 

 

 

 

Sur le tournage, avez-vous l’impression de tourner un film culte aux répliques légendaires ?

 

Non, mais la grande difficulté était de parvenir à canaliser nos rires. Je revois Jean-Marie qui gardait son écharpe autour de son nez pour ne pas pouffer pendant les prises. Et aussi Josiane Balasko en Madame Musquin pleurant de rire dans son ascenseur. Son personnage a été écrit spécialement pour le long-métrage.

 

Sur ce tournage, j’ai l’impression d’avoir assisté à une pièce de théâtre désopilante pendant des semaines. Je décerne un César d’honneur à toute la distribution tant chacun des acteurs est remarquable. Ce fut un bonheur de tournage, un grand succès et, aujourd’hui, un film culte. Romane Bohringer qu’il m’arrive de côtoyer connaît les répliques du film bien mieux que moi !

 

 

 

 

 

Le Père Noël… au grand complet !

 

 

 

 

 

Elles ont bercé son enfance ; quelle éducation ! (rires) En 1990, vous vivez une expérience cinématographique hors du commun…

 

Oui, j’ai la chance de retrouver à Calcutta le cinéaste Satyajit Ray pour le tournage de Les Branches de l’arbre. Pourquoi moi ?… Je ne saurais vous le dire. Toscan du Plantier et Gérard Depardieu qui co-produisaient le film ont dû me recommander à Satyajit Ray… Mes enfants étaient alors en bas âges. Partir au bout du monde me coûtait, mais une telle expérience de cinéma ne peut se refuser. Autant dire que je ne le regrette pas !

 

 

Les Branches de l’arbre est un film magnifique d’où il émane une telle poésie…

 

Lors de mon arrivée à Calcutta, j’ai éprouvé une impression épouvantable tant les odeurs et la misère sont prégnantes. Lors des repérages, un cul-de-jatte ne cessait de me poursuivre dans la rue. Pendant le tournage en studio, on ne cessait d’entendre les pattes des vautours qui évoluaient sur le toit. Les assistants chassaient les volatiles à coups de lance-pierre ! Certains machinistes couchaient sur le plateau car ils n’avaient pas de toit, et devenaient ainsi les gardiens des studios pendant la nuit.

 

 

 

Gérard Depardieu, Satyajit Ray & Toscan Du Plantier

 

 

 

 

 

C’était la première fois, je crois, que Satyajit tournait un film en son direct…

 

Grâce à l’apport financier de Toscan et de Gérard, il a pu louer une caméra silencieuse, mais très coûteuse pour les Indiens. Lorsque l’on plaçait un zoom sur cette caméra, cela faisait du bruit. Satyajit, avec beaucoup de délicatesse, m’a demandé s’il pouvait placer le zoom en dépit de la gêne sonore. Je suis tombé des nues. Moi, petit ingénieur du son, un cinéaste d’une telle envergure me demandait une permission !

 

Ray répétait, mais ne tournait qu’une seule prise pour chaque plan. J’étais le seul sur le plateau à pouvoir lui demander de la recommencer si elle n’était pas satisfaisante techniquement. Ni son chef opérateur, ni son propre fils alors cadreur n’osaient lui demander. Coutume indienne oblige !

 

 

 

Comment parvenez-vous à communiquer avec le cinéaste sur le plateau ?

 

Grâce à mon anglais moyen et le secours d’une interprète qui parlait l’hindi, le bengali et l’anglais. Mon assistant et moi tournions sans scénario car nous ne comprenions pas la langue. Nous apprenions phonétiquement les derniers mots des dialogues de chaque plan pour nous repérer. Au bout de deux semaines de tournage, Satyajit m’a demandé d’écouter le son d’un plan. J’ai balbutié : « Good, good… ». La timidité était de rigueur !

 

Les rushes du film étaient développés à Bangalore et ne nous sont parvenus que cinq à six semaine plus tard. A partir du jour où Ray, satisfait, les a découverts, il nous a traités presque comme des dieux ! La réserve a fait place à une immense considération. Cela me rappelle un souvenir précis. Nous devions tourner une séquence de pique-nique près d’une cascade. Celle-ci ouvre le plan. Lors du repas en plein air, elle n’existe plus à l’image. Les chutes d’eau gênaient terriblement la prise de son. J’en ai fait part à Satyajit. Il me répondit : « Pas de problème. ». Il a résolu le problème en démarrant un panoramique sur la cascade et en le finissant sur la première réplique d’un comédien. Le pique-nique a été tourné un peu loin qu’il l’avait prévu. Une telle humilité ajoutée à un tel talent en font un Maître à mes yeux.

 

 

 

 

 

Nathalie Rheims & Claude Berri

 

 

 

 

Avant de nous quitter, évoquons ce qu’il peut arriver de pire sur un tournage : la mort de l’un de ses acteurs principaux ou de son metteur en scène. Dans La nuit américaine de François Truffaut, c’est ce qui arrive à Jean-Pierre Aumont, pour de faux. Dans Trésor, malheureusement pour de vrai, Claude Berri décède après quatre jours de tournage…

 

J’ai connu Claude Berri le producteur avec les films de Pascal Thomas et de Josiane Balasko. Quant au réalisateur, je l’ai côtoyé pour une publicité. Puis, j’ai remplacé Pierre Gamet pendant les trois derniers jours de Germinal. Pierre n’a pu faire Trésor car il était indisponible. Claude m’a alors choisi. Par conséquent, je connais mieux le producteur que le réalisateur. Il possédait une vision ahurissante des films pour lesquels il s’engageait. Lors de la préparation de Trésor, il était certes affaibli. Très soutenu par Nathalie Rheims, co-productrice du film, il a participé avec beaucoup d’implication au casting et aux choix des décors.

 

Le quatrième jour de tournage, il plaisantait. Nous étions ravis. Avec l’aide à la réalisation de François Dupeyron, le film semblait avancer sans mal. Le soir, Claude a même assisté au visionnage des rushes. Je suis heureux qu’il ait pu voir les premières images de son film avant de disparaître le surlendemain.

 

Le lundi qui a suivi son décès fut particulièrement éprouvant. Nous tournions dans un appartement. Sa sœur Arlette Langmann et ses fils Thomas et Darius sont venus nous rendre visite. Grâce à la volonté de Nathalie Rheims et à l’énergie de toute l’équipe, nous avons décidé d’un commun accord de continuer l’aventure de cette comédie jusqu’au bout. Pour la mémoire de Claude Berri. The show must go on !

 

 

 

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